Ecrivain toujours singulier, il offre avec Dans le couloir un moment déconcertant et amer. Mis en scène par Charles Tordjman, deux acrobates de l’âme humaine, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin, nous bouleversent.
Etrange et étrangement nu est le décor de Dans le couloir. On pourrait être dans Huis clos, mais ni cheminée ni sculpture, ici. Des murs lisses, hauts, enveloppants. Quelques portes sombres qui semblent petites par rapport aux parois claires.
Dans ce qui ressemble à une salle d’attente anonyme, inquiétante, deux personnes s’entretiennent, tentant désespérément de s’adresser à un tiers dont on devine les allées et venues par le bruit d’une porte qui claque bruyamment.
Un fils invisible et ses parents paumés. Complètement paumés. Inquiets jusqu’à la déraison, impuissants, disloqués.
Tout avance de manière imperceptible. Phrases suspendues, silences. On met un certain temps à comprendre un peu la situation et le désarroi de ce père, de cette mère.
Charles Tordjman ne surligne rien. Grumberg se dit au soupir près.
Deux artistes immenses, d’une discrétion de jeu fascinante, sont en présence. On a le sentiment qu’il s’agit d’une partie de volant. S’ils s’écoutent, se répondent, on a en même temps le sentiment que chacun suit un fil, sans se soucier des raisonnements et des interrogations de l’autre.
Ils sont vieux, sans doute et le troisième, le rejeton, est lui-même bien âgé…
Cette joute est cocasse. On rit. On admire l’interprétation. Les silhouettes si différentes. Epanouie, gourmande, Christine Murillo, d’une délicatesse de plume. Jean-Pierre Darroussin, fin, presque maigre, avec on ne sait quelle panique dans le regard et blancheur dans la voix.
Et puis soudain, face à la salle, debout, seul tandis qu’un peu à l’arrière, la femme semble avoir abandonné tout espoir, voici qu’il parle. S’adresse à nous. Digne et déchirant. Un moment admirable d’émotion contenue, cette sobriété, toujours, qui nous déchire. Magnifique est Jean-Pierre Darroussin, dans ce final d’une difficulté diabolique.
Théâtre Hébertot, grande salle, à 19h du mercredi au samedi, à 17h le dimanche. Durée : 1h20. Tél : 01 43 87 23 23. Jusqu’au 19 avril.