Frédérique Lazarini nimbe la dérangeante comédie de Molière de nuées très sombres. Mise en scène aigüe, spectacle vif. Et, face à face, l’Arnolphe odieux et douloureux pourtant de Cédric Colas, et la jeune brunette qui comprend tout, l’Agnès remarquable de Sara Montpetit.
Un grand rideau de toile grège ferme le plateau. Il va dévoiler l’espace imaginé par François Cabanat. Côté jardin, celui des entrées, des portes, passages. De l’autre côté, à cour, une cage de verre qui est la chambre-prison d’Agnès. Entre ces deux lieux, un canapé rose vif, dossier vers la salle et les spectateurs, surplombé par un mur d’écrans de surveillance. Images en direct, grisant le « regardeur », Arnolphe, surveillant sa proie. Images concoctées par Hugo Givort qui incarne Horace, l’amoureux de la jeune fille.
Frédérique Lazarini qui signe l’excellente mise en scène de la pièce de Jean-Marie Besset, Katte (à voir jusqu’au 8 mars au Théâtre de l’Epée de Bois, à la Cartoucherie), a pensé avec intelligence son adaptation de L’Ecole des femmes. Elle a taillé dans certains monologues, développés par Molière. Elle n’altère en rien la déchirante comédie, qui, si elle fait rire, noue les coeurs.
Frédérique Lazarini imprime un mouvement rapide à la pièce, et donne des humeurs très angoissantes à la représentation. La musique de François Peyrony, qui a également imaginé le son, donne des couleurs de « maître du mystère » au spectacle.
Dans la pénombre, les mouvements, les va-et-vient, le regard d’Arnolphe, sa nervosité d’homme presque maigre, comme s’épuisant dans sa monomanie, dévoré d’un feu intérieur, littéralement, à force de souffrance et de calculs vertigineux, tout saisit et fait peur.
A ce jeu, Cédric Colas, comédien à très large palette et intelligence profonde des personnages qu’il incarne, est remarquable. Franchement, on en a applaudi, des Arnolphe…Mais, dans son petit costume trois pièces d’homme insoupçonnable, sans cesse en mouvement, corps, visage, voix, regard, Cédric Colas est époustouflant. Frédérique Lazarini ne lui laisse aucun répit… Il bouge, il court, il vole, s’exalte et tombe dans de grands trous de désespoir, tétanisé.
Agnès, la brune Agnès, jeune comédienne qui est connue au cinéma, et particulièrement au Québec, est formidablement bien choisie. Elle a de l’énergie et si elle ne craint pas les naïvetés du personnage, Sara Montpetit touche. Elle donne à Agnès un caractère décidé, sans jamais ternir sa fraîcheur. Elle a une jolie voix, une présence séduisante et heureuse. Et même lorsqu’elle est enfermée dans sa chambre-cage de verre, on est bouleversé par ses tourments, que d’une posture, un geste, elle fait ressentir.
Hugo Givort, qui, on l’a dit, est Horace, l’amoureux qui se livre, sans la savoir, à son pire ennemi, possède le charme, la vitalité, la vaillance d’un jeune amoureux vulnérable. Il est idéal dans cette partition.
Les geoliers du terrible Arnolphe, Georgette et Alain, sont tenus avec énergie, joie, talent, par Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer. C’est lui, qui, à la fin, dénoue la situation, puisqu’il incarne également Oronte, le père du jeune Horace, en une apparition savoureuse. N’oublions pas l’élégant Chrysale de Guillaume Veyre, l’ami d’Arnolphe, mais aussi l’oncle de la si jolie Agnès…
Voici un spectacle très réussi. Une merveilleuse versioon de cette Ecole des femmes qui glace le sang d’entrée lorsque l’on entend cet homme malade dire qu’il mis la main sur Agnès lorsqu’elle avait quatre ans.
Molière n’a peur de rien…Il a éprouvé tous les sentiments de l’âme humaine. Il sait de quoi il parle…
Théâtre Artistic-Athévains, à 20h le mardi, 17h le mercredi, 19h le jeudi, 20h30 le vendredi, 17h et 20h30 le samedi, 15h le dimanche. Durée : 1h30. Tél : 01 43 56 38 32.
Jusqu’à la fin du printemps et reprise au Théâtre du Chêne Noir d’Avignon en juillet. Avant une tournée.
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