Philippe Besson magnifié par la scène

En reprenant « Un garçon d’Italie » et en présentant »Vous parler de mon fils », Mathieu Touzé, qui joue dans les deux adaptations qu’il met en scène, donne à l’écriture de l’auteur de  « L’ Arrière saison », une force dramatique fascinante.

On a parfois le privilège de retrouver des spectacles, plusieurs années après leur création. Ils ont voyagé, mûri, leurs interprètes, s’ils sont restés les mêmes, eux aussi ont changé. Pour qui aime le théâtre, comme on peut aimer relire un livre, revoir un film, pas de doute, c’est une chance. Avec ce supplément : le théâtre, c’est vivant, ça bouge, ça se transforme.

Sept ans après avoir vu pour la première fois Un garçon d’Italie, on retrouve le texte, son découpage et deux de ses interprètes : Yuming Hey, Mathieu Touzé. La jeune femme qui fait le lien, sans le savoir, Estelle N’Tsendé à la création, n’est plus là. Chloé Angevin, belle et sensible, elle aussi, lui succède.

Mais donc, pour l’essentiel, on revoit un spectacle. On l’avait découvert au Belleville et on le revoit sur le plateau plus large du Théâtre 14. Ce qui frappe, d’entrée, c’est la maturation des interprètes, Yuming Hey et Mathieu Touzé. Leur partenaire, Chloé  Angevin, est aussi sensible que ferme et ajoute au jeu des deux hommes, sa présence électrique. On a revu souvent Yuming Hey, depuis.  Ici, là. On connaissait sa maturité profonde, acquise sans rien perdre de son charme presque enfantin.

On avait moins souvent revu Mathieu Touzé qui s’est depuis consacré à la direction du Théâtre 14 et à différentes mises en scènes.

Mais ici, c’est frappant : il est d’une maîtrise et d’une sensibilité formidables et, dans Un garçon d’italie, il impose son intelligence d’adaptateur et metteur en scène. On conserve le découpage, et la manière de chacun des protagonistes de raconter, de témoigner, de livrer ce qu’il sait des faits et ce qu’il a ressenti, craiint, espéré…

C’est très beau, simple, direct, impressionnant sans surlignage. Une pureté tragique en un fait divers.

Cette pureté tragique, elle nimbe la transcription scénique de Vous parler de mon fils, une très récente création, que l’on découvre. Seul joue Mathieu Touzé, qui signe également la mise en scène, avec la collaboration de Yuming Hey, les lumières de Renaud Lagier, le son de Madame Miniature -dans les deux spectacles, les chansons,  mêmes, ont une place sensibles-  autant d’apports très importants, mais discrètement présents.

Dans Vous parler de mon fils, on comprend très vite ce que l’on va nous dire. Sur l’affiche, on découvre un jeune garçon maigre et joyeux, en maillot de bain, souriant, sur une plage. On reconnaît immédiatement Mathieu Touzé, qui reprend, au coeur du film, une cascade de photos de lui. C’est un moment très troublant…Alors que l’on a compris le destin tragique du « fils », Hugo.

Pourquoi en dire plus : tout est dans la délicatesse du dire, les noirs plus ou moins longs, les ruptures. Pour l’essentiel, un homme debout, visage nu, face à un micro à pied. Une parenthèse plus longe, permet au narrateur, le personnage du père dans la douleur atroce, de se changer. Détail. L’essentiel est cet artiste, adaptateur, metteur en scène interprète magistral ennemi de toute démonstration, magnifique Mathieu Touzé de nous arracher des larmes. Et ici, tout le monde pleure. Et l’on comprend que celui qui ouvre son coeur, puisse sangloter.

Théâtre 14, à des horaires variables.Chaque spectacle : 1h30. Jusqu’au 29 mars. Reprises du 30 mars au 26 mai, au Studio Hébertot. 

Renseignements et réservations : theatre14.mapado.com

Tél : 01 45 45 49 77. 

Ou encore : billeterie@theatre14.fr

Textes publiés chez Juilliard.