Sylvain Maurice/Vincent Dissez, Barthes en toute intelligence

A l’Echangeur de Bagnolet, le metteur en scène et son interprète donnent une légèreté aigüe aux écrits réunis sous le titre La Préparation du roman. Un délice.

C’est toujours un bonheur de se rendre à l’Echangeur, à Bagnolet. Un des lieux les plus importants de la création théâtrale en France. Et qui a failli sombrer, abandonné par ceux qui devraient le soutenir de toutes leurs fibres.

C’est dans la petite salle, la salle « historique » pourrions nous dire, que se donne Le Projet Barthes. Un titre modeste car il suppose qu’il y aurait quelque chose d’inabouti encore, dans ce « spectacle ».

Or, tel que nous l’avons découvert hier soir, c’est au contraire un objet parfaitement poli que ce « projet ». Une merveille d’intelligence et de légèreté apparente. Une bulle de savon avec des irisations intenses, une boule de cristal très fin. Très fragile et très solide.

Sylvain Maurice a travaillé avec beaucoup d’esprit. Il a coupé, tassé, recomposé, densifié, un ouvrage copieux, recueil des cours du Collège de France, en 79 et 80, sous le titre La Préparation du roman. Des prises de parole réunies avec sérieux, par un universitaire qui connaît très bien le dandy mélancolique.

Fort d’une matière textuelle solide conçue par Sylvain Maurice, un « précipité » des lectures de Roland Barthes alors, de ses pensées, de ses rêves -écrire un roman, peut-être, justement- Vincent Dissez peut pénétrer sur un plateau où l’on découvre une petite table d’écolier derrière laquelle l’orateur ne se tiendra que peu. Sur cette table, des objets que l’interprète disposera plus tard sur le plateau même.

La plupart du temps, il est debout. Il va et vient. Il ne cherche en rien à imiter Roland Barthes, ses pulls de cachemire, ses foulards de soie. Il est lui, Dissez, au pur présent de la représentation.

Il est malin. Vif, mobile, chatoyant de mille et une nuances d’un art d’une délicatesse très touchante. Il se fait sérieux comme un disciple admiratif, mais il est espiègle. C’est un acrobate. Un garçon des airs.

Pas vraiment le genre de Barthes, tout de même plus sérieux. Et puis, c’était il y a quarante ans. Un homme comme Roland Barthes était dans la réserve, sinon la timidité sur le plateau du Collège de France.

Il préparait très sérieusement ses cours du samedi. Ils étaient gorgés de références. Sylvain Maurice et Vincent Dissez en font leur miel. Cela pourrait être un numéro de trapézistes.

On pense à Barthes. Il aimait citer Chateaubriand, il lisait et relisait sans cesse Pascal. On pourrait consacrer des pages et des pages à ce fin travail, jubilatoire, touchant, souvent très drôle.

Lors de sa leçon inaugurale, l’auteur de S/Z ne parla de lui que pour dire qu’il avait été malade d’une maladie qui alors tuait, mais qui n’existait plus. La tuberculose. Quelques mois plus tard, à peine, il fut renversé alors qu’il traversait la rue, à deux pas du Collège. Il mourut plus tard : les médecins ne purent le sauver. Une côte lui avait traversé le poumon.

Dans cette première leçon, Roland Barthes avait joué sur le rapport de la saveur et du savoir. Exactement ce qui convient au Projet Barthes.

L’Echangeur de Bagnolet, à 20h du lundi au vendredi, à 18h le samedi, 14h30 le jeudi 19. relâches dimanche 15 et mercredi 18. Durée : 1h. Tél : 01 43 62 71 20.

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