Estelle Meyer, jusqu’aux étoiles

Dans un spectacle très personnel et tourbillonnant, la comédienne, accompagnée de deux musiciens excellents sous le regard de Margaux Eskenazi se fait chaman et/ou sorcière, femme en quête de liberté, comme Gisèle Halimi qu’elle célèbre. Cela s’intitule « Niquer la fatalité. C’est aux Bouffes du Nord. Courez-y !

Une belle brune au teint clair: grande, longs cheveux lisses, regard sombre et ardent, belle voix. Près de deux heures durant (en fait 1h45, mais il faut compter avec l’enthousiasme d’un public conquis), dans l’espace légèrement aménagé des Bouffes du Nord, elle se dépense sans compter, survoltée, d’une énergie qui semble inépuisable. Une guerrière, mais tendre. Une rebelle, mais réfléchie.

Elle a un modèle : Gisèle Halimi, elle aussi rebelle guerrière, déterminée et très douce. Estelle s’adresse à elle, dialogue avec elle qui lui répond. Sans forcer en une imitation rigide, elle trouve les accents délicats, la manière inoubliable qu’avait cette grande avocate née en Tunisie, dans une famille traditionnelle dans ses manières et ses espérances, de s’exprimer et de rendre justice à toutes celles et ceux qu’elle a défendus.

Gisèle Halimi était grande de courage et de probité. Silhouette fine, pas très grande, inflexible : une déesse merveilleuse. Estelle Meyer compte sur elle. Elle ne l’a pas connue. Mais elle a tout lu, tout écouté, tout vu des archives qui nous restent de cette femme séduisante, intelligente, profonde;.

Estelle Meyer a écrit ce texte tout en élans, ruptures, changements d’humeurs. Elle chante à merveille. Elle a composé des chansons et de la musique avec Grégoire Letouvet, au piano, aux claviers et avec Pierre Demange, batterie et percussions. Ils sont là, sur le plateau. L’encadrant, jouant avec elle.

Tout le monde doit jouer avec elle. C’est une dompteuse, Estelle : elle demande ceci et cela aux spectateurs et tout le monde s’exécute. Il faut se saluer, se parler, plus tard se serrer la main…Mais ce n’est pas la messe, rassurez-vous !

Ici, on est du côté d’une cérémonie débridée, du côté des fées aux cris stridents, des sorcières peut-être, des chamans en tout cas.

A plusieurs reprises Estelle Meyer, qui subjugue un théâtre plein à craquer, toutes générations présentes, se change. A vue ou derrière un grand rideau qui finira par s’effondrer, vers la fin, nous renvoyant au cosmos…

C’est très beau, très tonique, unique. Une artiste est là, qui n’est en rien narcissique. C’est bouleversant et drôle, éclatant et mystérieux à la fois. Célébration des femmes, célébration sans haine. Tout passe par une poésie très personnelle, une défense et illustration de la quête d’une artiste exceptionnelle. Une soeur idéale que chacun suit, séduit à jamais.

C’est vraiment une très grande, Estelle Meyer. Comme est une très grande, et pour jamais, Gisèle Halimi. Leur conversation, intime et profonde, se déploie en un spectacle ouvert et divers qui emporte chacun. Superbe.

 

Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 11 avril du mardi au samedi à 20h dimanche à 16h. Tél : 01 46 07 34 50. Durée : 1h45. Texte, CD, etc. en vente dans le foyer des Bouffes.