Sa vie durant il aura défendu le spectacle vivant, musique, danse, théâtre, à l’AFP et au Figaroscope, notamment. Il vient de s’éteindre à quelques semaines de ses 84 ans.
Cet article est destiné au Figaro
Un honnête homme d’une exquise attention aux autres, un passionné de musique, de théâtre, de danse, un critique lucide et généreux, un journaliste scrupuleux et capable d’indignation : tel fut Yves Bourgade qui consacra toute sa vie à la culture. Jusqu’à ces dernières années, bien après sa retraite, il continuait de sortir. Il était de ces êtres qui prennent les spectacles, les concerts, comme des événements d’un soir, des événements uniques. Il voulait être là quand le rideau se levait, quand l’orchestre attaquait…
Du milieu des années 60 au milieu des années 2000, Yves Bourgade aura été l’un des très grands critiques français, connu dans son pays comme dans toute l’Europe et bien au-delà. Il avait commencé très tôt…
Né le 17 août 1942, à Nouméa, dans une famille de Nouvelle-Calédonie, il est le fils d’un avocat et homme politique, Marc Bourgade. Son père meurt alors qu’il n’a que douze ans. Avec sa petite sœur Josée, et sa maman, Lucette Marty, il va vivre à Paris et découvrir un nouveau monde. C’est sa mère, dirigeante de la Délégation à Paris de la Nouvelle-Calédonie, qui l’emmène au spectacle. Cette femme essentielle accompagnait souvent son fils au concert, au spectacle, demeurant curieuse de la vie des arts, jusqu’à la fin de sa vie.
Ce littéraire dans l’âme entame des études à la Sorbonne et dès ses 21 ans, commence à travailler à l’AFP. Repéré par le chef du service culture, Paul Boursier, il va suivre en professionnel les concours de sortie du conservatoire dès 1964, puis l’actualité des concerts à partir de 1967 et celle de la danse en 1975. De 1980 à 2007 il sera le responsable des rubriques musique, danse, théâtre de l’agence et ses articles, toujours très bien écrits, seront publiés par de nombreux journaux. Une activité tourbillonnante qui convenait à son esprit vif et à son amour des belles choses.
Critique très influent, il était aussi un journaliste vigilant, suivant le travail des ministres avec intérêt, lucidité. Ne se laissant jamais influencer, notamment dans le déferlement d’activités des années 80. Il était bienveillant, aimait l’art et les artistes, mais était capable d’indignations tempétueuses devant le mensonge ou les opérations vaines. En cela, sa plume brillante était redoutée.
Il collabora longtemps au Figaroscope, partageant avec Jacques Doucelin pour la musique, René Sirvin pour la danse, des choix exigeants mais marqués par le désir de partager, de transmettre. Il n’oubliait jamais les lecteurs, le public.
Président du Syndicat de la critique durant plusieurs années, président de la commission de l’attribution de la carte de critique, membre éminent du jury des prix « Plaisir du théâtre », il était chevalier des Arts et des Lettres depuis 1998 et chevalier de la Légion d’Honneur depuis 2006.
Toujours très élégant, plein d’esprit, il aura été l’un des grands « personnages » de la presse parisienne.