Dominique Frot, ultrasensible radicale

 

Depuis les années 70, elle n’avait pas quitté les scènes de théâtre, mais c’est le cinéma qui lui a donné sa plus grande notoriété. Elle s’est éteinte le 7 août. Elle aurait eu 69 ans le 23 août.

Sœur, sœur cadette. Elles se ressemblent, Catherine, l’aînée, Dominique la plus jeune. Quinze mois les séparent. Elles ont suivi un chemin parallèle : le conservatoire d’art dramatique. Dominique a également suivi les cours du conservatoire de musique.

Elles ont appartenu à l’aventure du Chapeau rouge de Pierre Pradinas. Et chacune a suivi son chemin. Théâtre, télévision, cinéma. Catherine est devenue très en vue. Dominique a étendu ses domaines plus lentement, mais elle aura travaillé avec des metteurs en scène très exigeants et des réalisateurs séduits par sa personnalité complexe.

Autant Catherine est naturellement solaire, autant Dominique est du côté de la nuit : très maigre, d’une maigreur d’anorexique, petite, tout en os et nerfs, regard profond, appuyé, et voix qu’elle aimait beaucoup faire très rauque, profonde ou métallique, déchirante. Elle ne détestait pas déstabiliser les autres, metteurs en scène, réalisateurs, partenaires, publics. Elle laissait sourdre quelque chose de très douloureux au plus profond d’elle-même.

On le reverra dans quelques mois, notamment dans un film de Guillaume Camet qui a dit son chagrin et sa reconnaissance, apprenant la mort de cette fille sombre, capable de cocasserie, d’apparente légèreté, parfois.

Elle a tourné dans des séries qui ont grandement contribué à la faire connaître ces dernières années. Notamment Soda.

Sur scène, après le Chapeau rouge, elle avait travaillé avec Claude Santelli, Jacques Lassalle, Claude Régy, Jean-Claude Fall, jouant Goldoni et Marivaux, comme Botho Strauss, ou Handke. Elle avait été l’une des créatrices (avec des créateurs) des Parisiens de Pascal Rambert et joué Félicité de Jean Audureau avec lui. Luc Bondy l’avait appelée pour Oenone dans Phèdre. Elle a également défendu Koltès, Angot, Renaude. C’est une comédie de Jean Poiret qui marqua sa dernière apparition dans un très grand théâtre. Elle était la bonne dans Joyeuses Pâques, une mise en scène de Nicolas Briançon au Marigny. Elle fut célébrée par une grande partie de la critique. Elle tirait sur la corde de l’inquiétude, personnage noir et voix de crécelle. Dérangeante, comme elle aimait l’être.