Les envols de Michel Vaujour

Zabou Breitman a adapté et met en scène le texte d’un documentaire consacré à un délinquant célèbre pour une évasion de la prison de la Santé en hélicoptère. Yannick Choirat est ce « personnage ».

Dans la nuit du plateau qui s’éclairera peu à peu, tout en étant scandé de noirs secs et brefs -un artiste signe la lumière, Eric Soyer- on écoute le récit d’un homme qui prend de la distance avec ses aventures. C’est Yannick Choirat en charge sensible des épisodes d’une vie insolite, celle d’un jeune homme qui glissera peu à peu de l’insolence avec l’autorité, au grand banditisme.

Michel Vaujour, l’as des as de l’évasion. Ecoutez-bien ce titre : Ne me libérez pas, je m’en charge. 

Il y a là l’insolence, joyeuse à ses débuts, de Michel Vaujour. Au fil du temps, l’amertume va trouer la belle surface de la pensée d’un homme libre. Un homme fondamentalement libre. Mais empêché, très souvent.  Et non sans faiblesses.

Empêché, oui, et on en prend la mesure avec les deux histoires de voitures « empruntées » qui ouvrent le récit. Les portes de la malchance, les portes qui s’ouvrent sur la prison. Il a la scoumoune, ce garçon.

Zabou Breitman s’appuie sur la parole même de Michel Vaujour lui-même, dans un documentaire (que nous n’avons pas vu) signé Fabienne Godet et Frank Vassal.

Yannick Choirat porte cette parole. Plateau nu de la petite salle du Concorde. Forte équipe artistique, de Yann Frisch à Delphine Malaussena, plus les lumières déjà citées et le son de Yoann Blanchard.

De la belle ouvrage. Un « héros » passionnant. Un interprète très mobile, sensible, avec des moments de gymnastique/chorégraphie (ce qu’il faut pour ne pas mourir dans le placard de la Haute Sécurité), très harmonieux et puissants. Yannick Choirat possède une présence sensible, légère, aigüe. Belle voix, et l’on se passerait du micro qu’il évalue mal, trop sourd dans la confidence. Mais la proximité permet de capter les yeux, c’est bien : l’interprète est musical, par les regards aussi.

Mais l’adaptation laisse insatisfait. Tout le monde connaît l’extraordinaire évasion depuis la Santé, avec sa femme Nadine aux commandes d’une hélicoptère léger. Une alouette. Un geste d’artiste ! Et d’amour.

Or, vers la fin, on nous parle d’une autre femme et l’on ne sait pas ce qu’est devenue Nadine…Cela traduit peut-être une certaine dureté de Michel Vaujour… Allez savoir. Mais c’est dommage.

Le jeu des voix « off » n’est pas idéal et le fait que Yannick Choirat/Michel Vaujour ne cesse de s’adresser à un interlocuteur qui n’est pas identifié (évidemment, sans doute la documentariste) et qu’il le tutoie, met en porte-à-faux, tandis qu’en même temps, le « personnage » s’adresse à la salle, partage des clins d’oeil, une connivence qui ne va pas avec la personnalité profonde de Vaujour, sa force, son courage, sa fierté.

Mais c’est un moment de théâtre, pas de doute.

Théâtre de la Concorde, à 20h la plupart du temps. Durée : 1h. 

theatredelaconcorde.paris