« Ruy Blas » à la Comédie-Française

Vingt-cinq ans après la mise en scène de Brigitte Jaques, on retrouve Troupe dans cette pièce créée en 1879. On n’est pas convaincu par les transformations opérées par Julie Duclos. Mais le Don Salluste de Thierry Hancisse est impressionnant, et Stéphane Varupenne, dans le rôle-titre, est convaincant.

Jouer Hugo ne va pas de soi et mettre en scène une pièce qui a déjà marqué l’histoire d’une troupe de haut talent, est difficile. Julie Duclos, sans le vouloir, sans doute, fait l’esprit fort : elle transforme certains moments de ce drame romantique qui fit l’ouverture de la Renaissance en 1879, marquant le début du règne d’Alexandre Dumas et Victor Hugo dans cette salle des Boulevards.

La metteuse en scène cherche une connivence avec le public. Cela marche : Don Guritan -l’exceptionnel, comme toujours, Laurent Stocker -si l’on a bien compris, improvise et emploie des mots incongrus, comme « chleuh » : or, à l’époque, on ne désignait pas ainsi les Allemands.

Après son entrée stupéfiante (« Bon appétit Messieurs« ) alors que les hommes de pouvoir font assaut d’incurie dans le dépeçage, Ruy Blas dit un texte politique d’Hugo dans lequel il est question d’Europe, d’union, de réveil, de défense, etc. La salle explose en applaudissements appuyés, comme si l’on assistait à un meeting politique. Les spectateurs sont nombreux à ne pas comprendre qu’il s’agit d’un collage.

On pourrait ne pas relever ces fantaisies. Mais elles ne sont en rien justifiables. Naïveté ou arrogance ? Méconnaissance ou prétention ?

Il est bien d’autres décisions qui irritent ou déçoivent. Une scénographie qui s’inspire de l’austérité du lieu où vit la Reine d’Espagne, mais faut-il que cela soit lourd et moche, malgré les subtiles lumières de Dominique Bruguière ? Les costumes ne sont pas plus séduisants.

Demeure les mouvements, les enchaînements, les images fugaces ou tenaces, l’interprétation.

Thierry Hancisse acteur grand et aussi un grand acteur hugolien. Emphatique et inquiétant Don Salluste de Bazan qui impose et échappe, formidable. Sébastien Pouderoux tient bien le personnage fantasque, attachant, fuyant, de Don César. On a le sentiment d’une jubilation et de ce Bazan là et du comédien qui savoure la partition tonique et très « hugolienne ».

Le Ruy Blas de Stéphane Varupenne est touchant, fragile et digne, vulnérable. C’est une partition très longue, difficile. Ici, il a quelque chose d’un enfant que beaucoup veulent manipuler. Le comédien possède une présence lumineuse, de très beaux atouts dans la voix, le regard, la vivacité. Un héros, mais timide.

Nouvelle venue, Morgane Real est très mince et très jolie. Mais elle est un peu légère. Aussi jolie soit-elle, elle ne donne pas le sentiment d’une personnalité forte. A ses côtés, Myrthe Vermeulen, Casilda, sans donne à coeur-joie, sans réserve et plaît à la salle.

Les réserves exprimées renvoient à la question de la direction, à la question de l’autorité de la metteuse en scène. Reste qu’entendre Hugo dans cette salle Richelieu réhabilitée en ses dessous et circulations, est un bonheur.

Comédie Française, salle Richelieu, en alternance, jusqu’au 27 janvier. Durée : 2h30 entracte compris. 

Le 3 décembre, le spectacle sera diffusé en direct dans plus de deux cents salles en France.