A l’Athénée, un « Avare » lyrique délicieux

Vincent Dumestre et l’Orchestre du Poème Harmonique, des chanteurs excellents, très bien dirigés, pour une adaptation féroce et espiègle de Molière, sur une très belle musique. Quelle heureuse soirée !

Quel bonheur, ce spectacle ! Quel délice ! Une pépite qui fut créée à Venise en 1720, cinquante-deux ans après L »Avare de Molière.

Il s’agit d’un ensemble de ce que l’on nomme alors « Intermezzo » : une oeuvre brève que l’on donne entre les actes d’opera seria. L’Intermezzo est un peu la source de l’opera buffa.

Le librettiste, Antonio Salvi a déjà travaillé sur Molière et dans cette version de L’Avare, on devine une admiration pour l’oeuvre de référence et pour le grand auteur. D’ailleurs il conserve certaines répliques en français ! Mais on se délecte aussi de sa grande liberté. Francesco Gasparini, le compositeur, offre expressivité, charme, beauté, très bien servis par les chanteurs réunis.

Quatre interprètes seulement, ici : Eva Zaïcik, Fiametta, jeune femme vive et honnête, mais pauvre, bien décidée à donner une leçon à son ronchon de voisin, vieux et ladre. Elle connaît son secret…Pancrazio, excellent Victor Sicard, baryton de haut talent, à forte présence et sens du jeu.

C’est Fiametta, l’idéale Eva Zaïcik, mezzo-soprano, comédienne sensible, qui mène la ronde, ici. On est du côté du point de vue de la femme … mais le paradoxe veut que Fiametta, pour tromper Pancrazio, prend l’apparence d’un jeune homme nommé Fichetto, et qui serait son frère jumeau…

Ajoutons un valet renvoyé par le féroce Pancrazio et qui traîne, sans un mot. Stefano Amori est ce Valletto, vif et aérien. Et puis, il y a la nourrice Scarabea, merveilleusement incarnée par Serge Goubioud, ténor qui impose un personnage très drôle que le public adore.

Les musiciens du Poème Harmonique sont sur le plateau et Vincent Dumestre en leur coeur (guitare baroque et parfois théorbe est-il prévu) dirige avec sa maestria habituelle des instrumentistes rompus à ces représentations.

En une heure quinze,  on découvre cet ouvrage précieux donné ici dans une allégresse communicative. Décor, costumes, lumières, tout s’inscrit parfaitement sur le plateau de l’Athénée. La mise en scène de l’opéra de chambre par Théophile Gasselin est fine, tout en détails délicats, drôles ou touchants. Cela donne un spectacle vraiment très brillant et qui vous offre de l’énergie et de la joie. Après l’Athénée, une belle tournée attend cette production née à Caen.

Théâtre de l’Athénée, samedi 11, jeudi 16, vendredi 17, samedi 18 avril. Durée : 1h15. Tél : 01 53 05 19 19. 

www.athenee-theatre.com

Quelques dates de tournée : Opéra de Reims, le 26 avril, La Coursive de La Rochelle le 6 mai, Maison de la Culture d’Amiens le 13 mai, du 5 au 7 juin Opéra Royal du Château de Versailles, du 12 au 14 juillet, Festival de Beaune.