Jacques Vincey transpose à la scène le livre très remarqué de Philippe Bordas, « Forcenés ». Consacré aux champions du Tour de France, et à leurs dépassements hallucinants, il saisit chacun, qu’il s’y connaisse ou non.
Pourquoi le vélo et le théâtre se rencontrent-ils si souvent ? Sans remonter à Sami Frey, pédalant dans les cimes et les creux d’un décor épatant et mouvant de Jean-Marc Stehlé pour nous dire le Je me souviens de Georges Perec, on peut avoir au coeur le merveilleux Jacques Bonnaffé célébrant dans L’Oral et Hardi le divin Belge, Jean-Pierre Verheggen. Ou encore les délicieuses équipières de Clémentine Beauvais, sous la houlette de Justine Heynemann et Rachel Arditi dans Les Petites Reines.
Voici Les Forcenés d’après l’ouvrage de Philippe Bordas. Une transposition saisissante des aventures des « forçats » de la route, ces champions exceptionnels qui appartiennent à l’histoire de France par l’histoire du Tour.
Il suffit d’un homme sur un vélo. Long et mince, retrouvant les postures qui signent la personnalité de tel ou tel, de Anquetil, cette énigme, à Hinault, sous influence de Tapie…
Des image, beaucoup de films, des textes dits « off », et le champion, Léo Gardy, racontant…Sans être essoufflé jamais… On devine que le pédalier est du côté du théâtre. Mais on s’en moque. On regarde, on écoute. On est bouleversé. Léo Gardy possède des dons de jeu, de conteur, de théâtre. On croit au pur présent à ce qu’il nous dit.
Souvenirs. Portraits saisissants. Douce France et efforts démesurés.
Une grande épopée, belle et bouleversante. Avec un dispositif artistique très élaboré -sons, voix, images, rythmes, lumières, ombres, etc- et qui saisit chacun qu’il soit grand connaisseur ou pas du tout, qu’il ait vingt ans ou beaucoup plus et se souvienne.
L’écriture de Philippe Bordas est tout en références. Il fait la mythologie du Tour de France. Jacques Vincey a su distiller le texte de manière à ce qu’il ne pèse pas, n’apparaisse pas comme trop controuvé. C’est un moment à part. Très précieux et fraternel.
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Théâtre de la Concorde, à 20h jusqu’au 28 février. Durée : 1h15.
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