Créateur de masques d’une beauté fascinante, indissociable des spectacles du Théâtre du Soleil, collectionneur passionné, cet artiste discret s’est éteint à l’âge de 86 ans.
Il était né à Zurich en 1940. Suisse, c’est en France qu’il avait fait des études, notamment auprès de Jacques Lecoq, grand maître des traditions du théâtre. Erhard Stiefel aurait pu être décorateur, scénographe, mais c’est en sculptant et en donnant vie à des visages impressionnants, tendres ou sévères, d’une troublante humanité –et n’oublions pas tous les animaux qu’il a imaginés- qu’il avait trouvé sa voie.
S’il eut un modèle en ce domaine, c’est Amleto Sartori, le recréateur du masque d’Arlequin, ce masque très rigide et très noir qui fit le bonheur du « serviteur de deux maîtres » du grand Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan.
Des années plus tard, en 2000, Erhard Stiefel serait désigné comme « maître en art », en discipline de création de masques.
A la Cartoucherie, il avait son grand atelier, du côté de ce qui était la salle de répétition du Théâtre du Soleil, espace qui est devenu la deuxième salle, celle où sont accueillis bien des spectacles de jeunes.
Erhard Stiefel travaillait tout le temps, et lorsqu’il n’était pas dans ses ateliers, c’est qu’il voyageait. Avec la troupe du Soleil, bien sûr, mais aussi au loin, à la découverte des manières de faire orientales, extrême orientales.
Il avait, au fil du temps, tout en affinant ses manières, en intégrant des techniques et des secrets, élaboré une collection magnifique qu’il consentit à exposer ! Ce maître au regard pur adouci d’une candeur d’enfant, estimait que la place d’un masque est sur un visage ou…à l’abri dans un tiroir. Accrocher des masques aux cimaises, fut-ce chez ses amis du Théâtre Garonne à Toulouse, ou au TNP-Villeurbanne, ne relevait pas pour lui d’un geste naturel.
Mais il aimait partager, il savait partager. Dans son atelier de la Cartoucherie, il déployait une patience de maître indulgent pour expliquer les techniques, les secrets qu’il avait appris et ceux qu’il avait mis au point. C‘est au Japon qu’il se sentait bien, comme Ariane Mnouchkine,
Au-delà de la scène, du Soleil au TSE d’Alfredo Arias en passant par certains spectacles de Jean-Pierre Vincent ou Jean-Louis Thamin, Erhard Stiefel avait également travaillé pour le cinéma comme pour l’opéra.