Aux Bouffes du Nord, la première défend son aînée en reprenant poèmes et textes. Avouons-le, nous ne connaissions pas la poétesse Forough Farrokhzad, si importante en Iran. Un moment puissant, très original qi donne envie de lire Farrokhzad.
Un panneau à dominantes grises ferme au loin l’espace enveloppant des Bouffes du Nord. On est si souvent venu depuis 1974 -mais oui- dans ce lieu envoûtant, que l’on a déjà vu ce style de dispositif. Un peu de brume théâtrale a filtré discrètement…
Dans une salle où les jeunes et ceux de la génération de Timon d’Athènes (ne ratez pas les photos dans les couloirs), se côtoient chaleureusement, la « piste » des Bouffes demeurera complètement dégagée.
Métaphore des lointains -c’est bien loin, l’Iran, c’est bien loin, la Perse-, espace du combat, à des années de distance, de deux femmes. Et de bien d’autres femmes.
Un des moments qui serre le coeur est très furtif : quelques images de la très jeune fille qui se dévêtit publiquement il y a quelques temps, en 2024, se baladant en culotte et soutien-gorge, pieds nus, devant l’Université Azad de Téhéran, son université.
Bientôt enlevée par la police, elle fut déclarée malade et renvoyée dans sa famille…Mais on ne sait pas en écrivant ces quelques lignes, où elle en est. Elle est le courage des femmes, des filles, des jeunes filles iraniennes.
Ces quelques images, comme d’autres, traduisent les combats, témoignent des combats. Plusieurs générations, et la tresse de destins séparés par les années, mais réunis par les résistances à l’adversité.
Une boîte, une grande boîte, va se détacher de l’au-delà du mur. Elle sera le lieu essentiel de la porteuse de parole.
Très soutenue par le son, proférant plus que confiant comme autant de confidences, la comédienne, Mina Kavani, que l’on connaît très bien en langue française, depuis le conservatoire, que l’on connaît à l’international par de nombreux films, d’ici et de plus loin, Mina Kavani que l’on connaît et que l’on admire sur des fronts très différents.
Parfois, il est difficile de suivre cette parole de colère, ce récit. Mina Kavani mêle son propre destin et celui de sa flamboyante aînée. Elle secoue. Elle interpelle. Elle raconte. On suit le grand voyage au Moyen-Orient et en Europe de Forough Farrokhzad.
Il y a un moment déchirant et illuminant à la fois : couchée sur une plage de sable de Beyrouth. Au bord de la mer. Dans la rumeur de la mer. Comme un grain de sable.
Illumination.
On pourrait en dire tant. Mais il ne faut pas éplucher le propose. Il faut le recevoir.
On ne détaillera pas ici, non plus, les années et venues de la narratrice, on ne dira rien des mouvements scénographiques. Il faut vivre ce moment, comme on écoute de la musique. Grande musique européenne, ou musiques orientales… Voix superbe de Mina Kavani, voix puissante, force de tout son être. Une très grande interprète dans une création audacieuse qui nous ouvre beaucoup de questions politiques, sociétales, métaphysiques. Questions de vie et de survie. Un moment unique, original.
Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 1er mars; Durée : 1h15. Jusqu’à samedi à 20h, dimanche 1er mars à 16h. Tél : 01 46 07 34 50.
www.bouffesdunord.com
Pour les textes, voir avec les éditions Lettres Persanes.