Mouss Zouheyri, un art discret et puissant

Au Théâtre de Nesle, son point d’attache à Paris, le metteur en scène et interprète présente deux courts textes de l’Australien Daniel Keene. Avec Nicolas Roussillon Tronc, il défend ces personnages démunis et dignes qui bouleversent.

Il suffit de peu, parfois, pour faire naître du grand théâtre. Dans l’espace profond du Théâtre de Nesle, dans la beauté sobre des traces d’un hôtel particulier, avec, au fond, ce mur de pierres blondes que célèbre le metteur en scène Mouss Zouheyri, rappelant la date de son édification, tout début XVIIème, on se sent proche des artistes. Très proche et dans un partage fervent.

Ce « il suffit de peu » est à traduire en : dépenses dispendieuses inutiles, mais soin des lumières, des sons, des musiques, accès au jeu sensible, sans écrans de scénographie opaques. Du théâtre pur comme on dit flamenco puro.

Mouss Zouheyri est né au Maroc, a grandi en région parisienne, a réussi le concours du conservatoire en un temps où enseignait le grand Michel Bouquet et, entre autres, Mario Gonzales, maître des masques. Souvent, on aura applaudi Mouss Zouheyri dans de beaux spectacles notamment avec Jacques Nichet. Tant d’autres.  A théâtre, à la télévision, au cinéma.

Il y a de nombreuses années que Mouss Zouheyri fréquente l’univers de l’écrivain australien Daniel Keene. Ils sont même devenus amis.

Séverine Magois a fait connaître les écrits de Keene par son art de la traduction, fidèle, fine. Ici encore, c’est elle qui signe les versions françaises de deux mini-pièces douloureuses, sombres, mais non privées de lumière.

Dans Deux tibias il s’agit d’un homme seul, errant dans la nuit, fouillant les poubelles. C’est dur, très dur. Tragique mais non mélodramatique. Il fait une trouvaille; cet homme. Il tente, en toute humanité, justement, de faire au mieux, pour cette « trouvaille ». Il échoue…

Dans Nuit, un mur, deux hommes, la fraternité l’emporte. Accordés, sans aucun misérabilisme, les deux interprètes sont remarquables. Nicolas Roussillon Tronc se tient au plus près du projet de Keene-Zouheyri -attention, l’écrivain n’est pas intervenu dans la mise en scène-

On n’est pas chez Beckett le grand sarcastique. Keene n’est que tendresse. Lucide mais riche de coeur, n’ayant pas peur des sentiments.

Un grand moment de théâtre, une célébration pudique de la fraternité, Deux hommes blessés par la vie, mais qui ne renoncent pas à leur âme, à leur coeur quotidiennement mis à l’épreuve. Et vainqueur.

Théâtre de Nesle, vendredi et samedi à 21h, dimanche à 17h. Durée : 1h15. Tél : 01 46 34 61 04. Jusqu’au 29 mars.

www.theatredenesle.com