Noëlle Renaude, le tricot de leurs vies

La dramaturge publiée et jouée depuis quarante ans, n’a jamais cessé de travailler. A tous ceux qui figure dans un volume récemment repris. Le texte a bouleversé Laetitia de Fombelle, interprète délicate sous la houlette tendre de Timothée de Fombelle. Avant d’être auteur pour la jeunesse, on l’a connu avec sa compagnie.

Sans doute le ciel n’est-il pas pour rien dans la douceur qui semble sourdre du spectacle monté avec soin par Timothée de Fombelle et son équipe, d’après un texte de Noëlle Renaude.

Il fait doux, si doux, à la Cartoucherie ces temps-ci, que l’on est enveloppé par des humeurs très rassurantes. Ce n’est pourtant pas encore le printemps…

Dans la salle de répétitions aujourd’hui « petite salle » du Théâtre du Soleil, le décor est en place. Une très jolie scénographie faite d’un grand rouleau de blés dressés qui pourrait être le noeud central d’un labyrinthe. Il est posé, sur un plateau sans cesse mouvant grâce à un travail de vidéo très sophistiqué mais discret. Au fond, une autre bouquet de blé. Et puis une chaise, une malle, un micro sur pied, tout à l’heure. Des lumières très bien conduites, du son, de la musique, bref, une production très riche -mine de rien, sans aucune ostentation- et tout cela pour une heure quinze de spectacle porté par une interprète que l’on n’a pas souvent l’occasion d’applaudir, Laetitia de Fombelle. Une belle brune au teint clair, une femme d’hier -la scène est en 1940- comme d’aujourd’hui. Un pantalon à pinces, élégant, une petite robe estivale. Les changements sont furtifs.

Une heure quinze durant, elle distille les mots de Noëlle Renaude, les mots de tous les personnages à qui l’auteure donne la parole. De 4 ans à 100 ans, Noëlle Renaude a su iriser ces prises de parole. Un lien, le temps. La guerre est finie, mais si proche. On est à la fin des années 1940, l’été Trois générations d’un village sont là.

Avant la naissance de l’autrice, en 1949…Mais les années 60 de son adolescence ne devaient pas être différentes, dans l’esprit, les humeurs.

Timothée de Fombelle dont on n’oublie pas le parcours théâtral, il y a des années, avant son triomphe d’auteur jeunesse, retrouve avec plaisir, on le ressent, cet univers du partage. Ici, chacun offre le meilleur des lumières, de la vidéo, du son, de la musique, etc. C’est très beau, remarquable.

Et puis il y a donc une interprète qui fait son miel de chaque joli texte de Noëlle Renaude, des portraits, des plongées dans l’âme des « personnages ». Sous le regard aimant du metteur en scène -son mari !- qui multiplie    les mouvements imperceptibles et sait aussi rompre le ton et le tempo, Laetitia de Fombelle nous enchante. On découvre ces enfants, ces adolescents, ces jeunes et ces grandes personnages, ces aînés, ces vieux…A mettre a féminin comme au masculin.

Elle ne cherche pas à transformer sa voix selon les figures qui se succèdent. Elle est simplement dans la vérité de l’écriture et des êtres. Et on y croit. On est auprès de ces enfants, ces hommes, ces femmes de tous les âges.  Une très belle plongée de Noëlle Renaud, avec son style, sa force profonde sans agressivité. Et sa simplicité d’artisane : elle parle du « tricot » de ces vies. Elle les lie, avec souplesse, empathie, amour.

C’est très joli ce moment fin et léger, c’est très joli A tous ceux qui.

Courez-y.

Théâtre du Soleil, petite salle, à 20h du mercredi au samedi et le dimanche à 16h. Tél : 01 40 13 84 65.

Jusqu’au 22 mars. Texte (Théâtrales 18€) en vente sur place comme d’autres textes et les albums et livres de Timothée de Fombelle.

Ou par Theatreonline.com

Collectivités : 01 43 74 88 50