Réginald Huguenin, en toute discrétion

 

Réginald Huguenin, en toute discrétion

Au théâtre, comme au cinéma, il aura toujours excellent. Il avait débuté avec Daniel Benoin et longtemps travaillé avec Laurent Pelly, tout en menant une belle carrière de films en films. Il s’est éteint il y a quelques jours. On ne l’oubliera pas.

Parfois, il faut du temps pour rendre hommage à un artiste disparu. Depuis lundi dernier, le 2 mars, on a cherché à consacrer à Réginald Huguenin, ce comédien si souvent applaudi, quelques mots, quelques lignes, un adieu. Chaque soir, avant, après le théâtre, de la Reine Blanche au Théâtre du Soleil, cette semaine, nous avons évoqué nos souvenirs. De jeu, de vie. Avec les unes, avec les autres.

Ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il s’est éteint il y a quelques jours, vaincu par la très cruelle maladie de Charcot. Lorsque l’on va au théâtre, lorsque l’on a le dangereux privilège de parler théâtre, dans des journaux, des émissions de radio ou de télévision, on a le sentiment de connaître les chemins des unes et des autres. On sait que l’on a écrit très souvent ce nom, Réginald Huguenin.

On dit « dangereux » privilège parce que la critique dramatique n’est pas une science exacte, et que l’on peut ne pas comprendre une pièce, un spectacle, que l’on peut se tromper.

Pour Réginald Huguenin, on ne s’est pas trompé. Au début, on s’était demandé si ce jeune homme fin et nerveux, pouvait être de la famille de l’écrivain mort trop tôt, Jean-René Huguenin, mort sur la route dans une voiture qu’on lui avait prêtée. C’était en septembre 1962. « La Côte sauvage » avait été publiée deux ans auparavant.

Mais « Huguenin » est un nom peu rare. Réginald Huguenin n’appartenait qu’à lui-même.

Il avait tout d’un jeune premier. Un beau visage, clair et ouvert, une présence forte, mais sans dureté, sur les plateaux. Au théâtre, comme à la télévision ou au cinéma. La dernière fois qu’on l’aura applaudi sur scène, de près, c’est il y a bien longtemps

Mais parmi les souvenirs les plus forts, il y avait eu, en 2001, dans ce havre de la création et de l’amitié, Limoux, cadre du festival créé par Jean-Marie Besset, « NAVA » (nouveaux auteurs en vallée de l’Aude), il y avait eu un très bel hommage au prix Nobel de Littérature 2000, Gao Xingjian. Jacques Rosner, ancien directeur du conservatoire, signait la mise en espace. Bernard Verley, Chloé Lambert, Christiane Millet étaient les autres sensibles interprètes des textes, donnés sous le titre Quatre quatuors pour un week-end.

Sophie Sarr, de l’agence Zelig, qui nous a aidé à reconstituer la riche carrière de Réginald Hugenin, a ses préférences: « Titus dans Le goût des autres d’Agnès Jaoui, celui du professeur de danse dans Il ne faut jurer… de rien d’Eric Cyvanian, l’ambassadeur de France dans L’entente cordiale de Vincent de Brus… ou encore Mornay dans la série Commmissaire Valence pour la télévision ? » Et d’ajouter, après avoir cité tous les metteurs en scène de théâtre qui ont compté dans la vie de Réginald Huguenin, « Il avait également une passion pour la poésie persane et le jardinage ». D’ailleurs, il avait conçu un spectacle sur des textes d’Omar Khayam, avec Christiane Millet.

Au Sorano, à Vincennes, avec Daniel Benoin et les sœurs Huppert, Jacqueline, Caroline, les aînées d’Isabelle, dans les années 70, il est de tous les spectacles. Il jouera ensuite avec un bouquet de metteurs en scène. Rosner, bien sûr, Desarthe, Lavelli, et, par exemple Yves Beaunesne, et puis Laurent Pelly, des années 90 aux années 2000. Tous ses spectacles ou presque, jusqu’aux Ionesco.

On pouvait deviner son intelligence, prendre la mesure de son élégance et d’on ne sait quoi d’une mélancolie douloureuse, de rôle en rôle. Au théâtre d’abord, comme à la télévision ou au cinéma. Ne l’oubliez pas.