Séphora Pondi, en toute intelligence

Qu’elle joue, écrive, mette en scène, cette jeune pensionnaire de la Comédie-Française fait preuve d’une audace formidable. Avec Bestioles au Studio Théâtre, elle signe un spectacle aussi tonique que bouleversant, d’après un auteur australien, Lachian Philpott.

Il y a de hauts rideaux qui enveloppent l’espace, une table rectangulaire aux allures de coffre, fermée au fond par un panneau sur lequel sont épinglées des images, et; devant, par un rideau. Il y a des meubles étroits et hauts, bibliothèques avec des objets, meubles qui pivotent pour devenir des penderies. Ceci décrit maladroitement une scénographie de Nina Coulais, boîte à jouer, très bien pensée.

C’est une pièce un peu resserrée de l’auteur australien contemporain Lachlan  Philpott, dans une traduction précise, vive, qui sonne bien d’aujourd’hui de Gisèle Joly.

Dans Truck Stop (Aire poids lords), il est question d’adolescentes de 13/14 ans, en pleine métamorphose et recherche de soi. L’écrivain s’est appuyé sur un fait-divers advenu dans une banlieue de Sydney. Non affreusement pauvre, non défavorisée profondément, une banlieue populaire : deux très jeunes filles se prostituaient auprès de chauffeurs routiers…

Lachlan Philpott s’est renseigné auprès d’autres jeunes filles, des psychologues, des assistantes sociales, et même des chauffeurs routiers… Preuve que ce fait divers l’a tout de même terriblement secoué…

Il serait ici un peu ridicule d’analyser trop en détails le remarquable travail de Séphora Pondi, comédienne aux qualités puissantes : grande présence, voix enchanteresse, esprit, humour de tout l’être. Elle est d’une intelligence aigüe et cette mise en scène confirme toutes ses qualités. On a lu son premier roman, Avale (Grasset, 20€). Il y est question aussi de jeunes. Elle a du style et le sens de la vérité…Tout sonne juste, aussi loin soit-on de ces mondes…

Trois protagonistes. Et d’autres. Les filles, Marie Oppert est Ellie, Léa Lopez, Bee (et c’est elle qui chante à la fin, pas la délicieuse et connue aussi pour sa voix, Marie Oppert : Séphora Pondi sait ce qu’elle fait !), et la troisième, l’Indienne, Freya, incarnée par Mélissa Polonie.

Il faut bien des garçons et c’est le très bon Charlie Fabert qui endosse cinq rôles.

Les dialogues sont drus, vifs, ils déstabilisent les protagonistes, mais également les spectateurs. Pas de pathos, ici. Des mouvements profonds, des emportements, des crises, jusqu’à une électricité épileptique, des aventures intimes qui excèdent le qui suis-je, quel corps suis-je et que faire ? Un tourbillon extrêmement bien rendu par l’écrivain, cet homme  d’une cinquantaine d’années, extrêmement bien traduit par Gisèle Joly.

Dans des vêtements très bien imaginés par Gwladys Duthil, les interprètes semblent d’une liberté totale : or, on le sait, ce sont des artistes disciplinés et on les devine adhérant complètement aux options de Séphora Pondi.

Elles ont du talent, elles ne sont pas loin, dans le temps, des filles qu’elles incarnent, elles ont du charme, on les reconnaît, on les aime. Bref, elles incarnent un grand théâtre en un spectacle nerveux et bref. Elles sont grandes, comme leur metteuse en scène et comme leur camarade Charlie Fabert et les autres…

Un spectacle de haut théâtre, à ne pas rater. Séphora Pondi, une grande.

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, à 18h30 , du mercredi au dimanche, jusqu’au 1er mars.  

Réservations : comedie-francaise.fr