A la Colline, dans le petit théâtre, Stéphane Braunschweig dirige un trio féminin exceptionnel dans un texte d’Arne Lygre. Cécile Coustillac, Clotilde Mollet, Chloé Réjon sont magnifiques.
Autant le dire simplement : dans cette pièce de l’auteur norvégien, romancier et dramaturge, Arne Lygre (né en 1968), pièce traduite par Astrid Schenka et Stéphane Braunschweig qui l’a très souvent monté en France, on est saisi par l’extraordinaire sensibilité et la profonde intelligence de Clotilde Mollet, Astrid, Chloé Réjon, Sara, Cécile Coustillac, Eva.
Trio d’exception. Elles sont belles, fortes, douées. Très personnelles. Sans doute la partition de Clotilde Mollet est-elle plus porteuse. Ne disons rien, vous verrez…
Dans un décor que Stéphane Braunschweig a lui-même imaginé, et où le blanc, comme souvent chez cet artiste dont on n’a jamais oublié les débuts avec Les Hommes de Neige. Braunschweig a souvent joué, du théâtre au lyrique -et notamment à Aix-en-Provence…. – de ces blancs. Ici, on est face à un appartement austère.
A cour, un piano droit, à jardin, un lit assez large, et au milieu, pour l’essentiel, un canapé. On est chez Astrid. Une femme qu’elle ne connaît pas très bien, lui rend visite…
On pense qu’il s’agit de solitude, d’amitié, de tentative désespérée de ne plus être complètement seule. On n’est pas certain(e) de comprendre à chaque seconde ce dont il est question…
A un moment, le décor se transforme, devient une petite pièce très étouffante, avec des murs qui menacent d’écrabouiller les protagonistes, à commencer par Astrid, qui s’enferme au sous-sol où vivait son fils, pour lui laisser la jouissance de la maison. Petits problèmes, racontés ainsi, mais combien de bouleversements intérieurs et spirituels pour cette Astrid, comme décollée du réel, telle que l’incarne Clotilde Mollet artiste lumineuse et énigmatique de toutes ses fibres, concrète et musicale à la fois. Une virtuose. De la voix, du souffle, des articulations, du timbre. Sans parler de son regard, de sa manière de prendre à témoin chacun…
La Sara de Chloé Réjon, brune tenace et tellement vulnérable, est aussi d’un dessin dramaturgique puissant. Sara a de la force. Chloé Rejon est habitée.
Stéphane Braunschweig, lecteur aigü, metteur en scène d’une lucidité sans faiblesse, aime les acteurs et actrices. Il aime leur charme et le met en belle lumière -Marion Hewlett- et délicatesse.
Quant à la petite dernière, Eva, Cécile Coustillac, on l’a déjà vue jouer dans ce monde au rasoir de Braunschweig qui ne laisse que peu de fantaisie aux interprètes. Vingt ans au moins qu’on admire sa simplicité apparente, sa vérité. Sa générosité d’interprète.
Bref, il s’agit là d’un travail profond et bouleversant qui parle à chacune, à chacun. On pourrait en composer des pages de commentaires, mais le metteur en scène et l’une de ses camarades de travail, Anne-Françoise Benhamou s’en chargent dans les documents remis aux spectateurs. Lisez ! Mais après.
Théâtre de la Colline, petite salle, mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h. Durée : 1h55. Jusqu’au 17 avril. Tél : 01 44 62 52 52.
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