Par-delà les spectacles vus en avant-première à Paris, et chroniqués dans les colonnes de La Tribune Dimanche, retenons, de quelques jours passés à Avignon, quelques spectacles intéressants.
« Le Circuit ordinaire »
C’est une pièce de Jean-Claude Carrière qui rappelle un peu la manière de Vaclav Havel. Les atmosphères de Prague lorsque celui qui deviendrait Président de la République, après la Révolution de Velours, en fin 89, coloraient ses écrits. Censuré, emprisonné, Vacalv Havel n’avait que le théâtre pour se défendre.
En homme libre, mais soucieux du monde, Jean-Claude Carrière, qui travaillait au cinéma avec Luis Bunuel et au théâtre avec Peter Brook, écrivit des pièces, traduisit des oeuvres, qui avaient à voir avec les dictatures et les personnes inquiétées par des pouvoirs écrasants.
« Le Circuit ordinaire » a été publié par Actes Sud Papiers, il y a bien des années, en 2002 et mis en scène quelques années plus tard au Petit Hébertot, par les interprètes, Pascal Laurens et Pascal Martinez qui s’étaient fait une spécialité de mettre en scène eux-mêmes, les textes qu’ils choisissaient. lls parlaient alors avec intelligence de ce face-à-face paradoxal….
C’est Yann Collette qui est en quelque sorte le producteur de cette version de la pièce, Le Circuit ordinaire. Il s’appuie en effet sur une aide de l’ADAMI, un soutien « déclencheur », littéralement. La pièce se donne au théâtre Le Girasole. Mise en scène d’Alexandre Tchobanoff avec Stéphane Bierry et Prisca Lona.
Dans un décor assez vaste, ouvert sur l’extérieur, un bar, sans doute, une femme blonde, cheveux encadrant et cachant le visage, ne quittera pas l’espace, prenant scrupuleusement des notes à propos de la conversation qui lie et oppose deux hommes.
Un homme appartenant au pouvoir, disons un commissaire de police, a convoqué un indic. Ils ont quelques comptes à régler, mais on n’est à aucun moment certain qu’ils comprennent qu’ils sont tous les deux épiés…
Stéphane Bierry s’est étoffé depuis le conservatoire, le prix Gérard-Philipe…Il a le poids d’un homme qui joue de son pouvoir, mais qui est fasciné par l’Autre…. Yann Collette, tranchant et ambigu, ne déteste pas ce jeu du chat et de la souris. C’est le face-à-face qui ici est passionnant et jubilatoire, car il s’agit de deux interprètes fins et profonds, bien dirigés par le metteur en scène Alexandre Tchobanoff. Quant à Prisca Lona, elle est séduisante et inquiétante à souhait.
Théâtre du Girasole, tous les jours sauf mercredi, à 13h35, durée : 1h15. Texte publié par Actes-Sud-Papiers. Jusqu’au 25 juillet.
Tél : 04 90 82 74 42.
www.theatredugirasole.fr