Marceline Loridan, pour mémoire

A Présence Pasteur, bonne adresse du « off » depuis des années, on découvre une adaptation sans trop de surcharge d’un livre qui date de la fin de la vie de cette personnalité hors norme que fut cette femme rugueuse. Laure Werckmann veille sur l’interprétation de Mireille Roussel. 

Parfois trop de soin, trop de questions, trop de références nuisent aux textes que l’on découvre au théâtre. Qu’ils soient conçus pour la scène ou qu’ils soient nés d’adaptations, parfois, ils pèsent trop lourds, ils ne rendent pas compte de la personnalité des protagonistes.

C’est un peu le sentiment que l’on a eu, en découvrant, dans une des salles de « Présence Pasteur », L’Amour après, puisé dans un texte recueilli par la journaliste et écrivaine Judith Perrignon. C’est Marceline Loridan qui s’exprimait alors. Parution chez Grasset en 2018. Cette aventurière du monde, de la vie, de l’amour, de la pensée, qui écrivit des livres, réalisa des films, fut très attentive à sa vie sexuelle, puisant du côté des beaucoup plus jeunes qu’elle, comme des plus âgés, une énergie profonde.

Elle n’était pas une femme comme les autres. Née en 1928, à Epinal, dans une famille de culture juive, elle fut déportée en même temps que son père, en 1944. Drancy, puis Auschwitz-Birkenau. Elle sera transférée dans plusieurs camps, tandis que son père meurt à Auschwitz.

Elle survit. Elle disparaîtra en septembre 2018. Elle vit sa vie. Elle a des maris, des amants, des amis. Elle écrit. Elle témoigne. Elle filme.

Vers 2015, elle perd la vue.

Elle la recouvre un peu. Dès lors tout ce qu’elle a fait de sa vie se densifie. Elle pense « l’après ».

Elle a déjà rencontré Judith Perrignon. Ensemble, elles ont composé auparavant, Et tu n’es pas revenu. C’est en 2015 qu’est publié l’ouvrage. Un livre très touchant et riche.

Pour qui connaît les textes, la vie, les chemins de Marceline Loridan, la matière du « spectacle » peut paraître un peu en dessous de la vie vraie et du style de l’auteure Loridan.

On se laisse porter par ce moment et l’on écoute avec intérêt profond Mireille Roussel, interprète délicate, refusant toute emphase. Jolie voix, silhouette ferme, intensité des élans.

Mais n’hésitez pas à lire Marceline Loridan, à voir ses films et ceux de  Joris Ivens (1898-1989), évidemment. Avec une Marceline indissociable.

Présence Pasteur, Festival d’Avignon « off », à 18h20 jusqu’au 25 juillet. Relâches les 16 et 23 juillet. Durée : 1h20.