Catherine Dasté, le don du partage

Comédienne, metteuse en scène, cette enfant de la balle, avait su tracer un chemin original dans le monde du théâtre. Elle s’est éteinte jeudi. Elle avait 96 ans.

On pensait à elle, cet été, après avoir écouté sur les ondes de France Culture la nuit, une passionnante émission consacrée à Jacques Copeau, à Jean Dasté, à leurs camarades, formidables inventeurs de la manière de faire du théâtre, au XXème siècle. On pensait à cette femme très belle, brillante, réservée. Le premier message annonçant sa mort a circulé dès vendredi. Mais on a préféré attendre : hier, son fils aîné, Christophe Allwright, a envoyé un très beau texte à l’AFP et l’on devrait se contenter de ces lignes biographiques, très sensibles et vraies.

Si l’on en croit la pluie d’hommages publiés, dans les journaux, par les différents sites web, les commentaires des articles, cette femme était aimée, très aimée. Unique, elle représente pour toujours un modèle d’engagement artistique et de talent, elle est une flamme pure, qui loin de toute notoriété au-delà de son monde, celui des arts, de la culture profonde, aura marqué les esprits, les consciences. Au cœur du mois d’août, l’amour l’entoure et l’on devine que chacune et chacun de ceux qui prennent la parole pour la célébrer, ont le sentiment d’un trou dans le tissu théâtral, poétique, politique, de ce monde.

Lorsque l’on dit que l’on avait pensé à elle en écoutant une émission dans la nuit des ondes, c’est qu’il était question de sa famille : elle était la fille de Jean Dasté (1904-1994) et de Marie-Hélène Copeau (1902-1994). Maiène, Maïenne, ou Mayenne, selon les inspirations graphiques, fille du grand Jacques Copeau (1879-1949).

Née en 1929 d’une grande lignée artistique, entreprenante, elle a elle-même illuminé sa propre famille. Etudiant l’art dramatique à l’Old Vic Theater de Londres, elle rencontre un étudiant venu de la lointaine Nouvelle Zélande : Graeme Allwright (1926-2020), musicien, auteur et interprète. On l’associait à Léonard Cohen. Catherine Dasté épouse Graeme et ensemble ils auront trois garçons, Christophe, comédien né en 55, Jacques, comédien lui aussi, né en 58 et décédé il y a près de deux ans. Et puis enfin Nicolas, musicien, lui aussi du côté du spectacle.

Et n’oublions pas la génération d’Adrien, chanteur et d’Alice, sa sœur, comédiennes, enfants de Christophe. Et il en est certainement d’autres.

Des enfants du soleil, tous. Dès 1959, Catherine Dasté se passionne pour le théâtre à destination des enfants et adolescents. Elle travaille avec les Tréteaux de la Comédie de Saint-Etienne (que dirige son père) et s’installe dans la Drôme, à Dieulefit, pour travailler de plus près avec des jeunes de 12 à 14 ans. Puis, soutenue par Ariane Mnouchkine, elle va élaborer et monter des pièces, dans cet esprit : L’Arbre sorcier, Jérôme et la tortue, Glomoel et les pommes de terre, sont en partie composées par les jeunes eux-mêmes.

Catherine Dasté crée alors sa compagnie, La Pomme verte, qui durera jusqu’en 1980 et avec laquelle elle produit de nombreux spectacles notamment à Aubervilliers ou dans la salle Gémier du TNP-Chaillot, avant d’être nommée à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry, en 1985 et y demeurera jusqu’en 1992. Vient le temps de Sartrouville et de ce centre dramatique national où tous les publics sont présents, jeunes comme adultes. Catherine Dasté commande des pièces à de jeunes auteurs et leur offre de premières chances fructueuses.

On ne saurait évoquer la mémoire de cette femme qui, toute sa vie, aura construit et ouvert des chemins, sans évoquer la maison de Pernand-Vergelesse, la maison des « Copiaus », les fidèles de Jacques Copeau. Dans la droite ligne de ses parents, on accueille les écrivains, les étudiants, les artistes du spectacle vivant. Jean-Louis Hourdin a racheté ce lieu et poursuit l’aventure (1).

Il y a un an, un colloque avait été organisé à la Sorbonne, en l’honneur de Catherine Dasté. Une femme unique et plurielle, discrète mais non méconnue des amoureux du théâtre et de sa grande histoire. Une artiste : on n’a pas dit grand-chose, ici, de son don délicat du jeu. Idéale figure à la Tchekhov, elle préférait jouer les contemporains et les mettre en scène. Elle mettait beaucoup d’intelligence et de sensibilité dans sa manière. On pourrait citer des dizaines de spectacles. Des années 50 aux années 2010, Catherine Dasté n’aura jamais quitté les plateaux, aussi intransigeante que douce et lumineuse.

Elle s’est éteinte jeudi 6 août, à Ivry-sur-Seine. Elle sera inhumée auprès des siens, à Pernand-Vergelesse.

  1. La maison Jacques-Copeau, 4 rue Jacques-Copeau 21420 Pernand-Vergelesse.

www.maisonjacquescopeau.fr

On peut faire des dons.

Le directeur est Ivan Grinberg

Tél : +33 (0)7 78 21 03 60.