Stéphane Ricordel, l’envol du poète des airs

Artiste aux dons pluriels, il avait choisi le trapèze et cofondé la légendaire compagnie des Arts Sauts, avant de diriger, avec Laurence de Magalhaes, le Théâtre Monfort, le festival Paris l »été, le Rond-Point. Il s’est éteint hier, des suites d’une maladie neurodégénérative. Il avait 62 ans.

C’est hier soir, en sortant de spectacles donnés au Lycée Bergson, dans le cadre du festival Paris l’été, que l’on a appris la mort de Stéphane Ricordel, en lisant un bouleversant article de Stéphane Capron, qui fut des années durant l’un des grands journalistes de Radio France et a fondé le site « Scène web », où il a publié son hommage à Stéphane Ricordel.

On ne voyait plus que très rarement au Rond-Point Stéphane Ricordel. On avait compris que la maladie l’avait cruellement attaqué. Il se serait rendu pourtant à Avignon cet été, au Jardin du Carmel, pour revoir Sillages, spectacle de l’un de ses deux fils, Léo, ainsi qu’en témoigne Olivier Saksik dans un très beau texte publié sur facebook.

Elevé loin de la France, de séjour lointains en séjours lointains, du Koweit à l’Algérie, en passant par la Lybie, il fut, à 17 ans, un jeune étudiant passionné de biologie cellulaire et d’arts plastiques. Physique de beau ténébreux à cheveux sombres, regard profond et tendre, silhouette d’athlète, il se passionne pour de nombreux domaines.

Il aime le théâtre, il se forme auprès de Claude Régy. Il aime aussi le cirque et intègre l’école d’Annie Fratellini.

Cet être toujours en retenue, avait bâti son destin sur un paradoxe. Il avait choisi les airs, le trapèze, parce qu’il souffrait de vertige.

Avec Laurence de Magalhaes, Frank Michel, et des anciens de l’école du centre national du cirque, Fabrice Champion, Côme Doerflinger, Germain Guillemot, ainsi que le rappelle Olivier Saksik, il « invente » les Arts Sauts en 1992. Des années de travail, plus de quinze années de succès, des tournées internationales à travers 57 pays, des spectacles époustouflants, 1575 représentations, une énergie heureuse, une joie partagée et communicative, et une discipline de fer. Il est au trapèze. Il rattrape ses camarades.

L’aventure va s’arrêter. Très fin connaisseur des mondes de la scène, il signe des spectacles, du centre national des arts du cirque à la Nuit blanche. Mais c’est avec Terabak de Kiev, en 2016, que l’on découvre au Monfort, qu’il trouve son bonheur de chef de troupe avec le cabaret inoubliable des Dakh Daughters.

Avec Laurence de Magalhaes, il n’a qu’une idée : faire connaître, partager, soutenir. C’est un programmateur excellent. Il ose. Des années durant, on les a tous deux croisés partout, du public au privé, du théâtre à la musique, la danse, le cirque. Dans des tout petits lieux comme dans des salles prestigieuses.

On pourrait dire beaucoup, encore. Mais sa réserve, sa timidité parfois, sa discrétion, appellent le silence. On pense à Laurence de Magalhes et à leurs deux fils, Léo et Mano, on pense à sa fille aînée, Renate.

Actes Sud a publié il y a plusieurs années un ouvrage sur l’épopée des Arts Sauts.