Le Cavalier de la Nuit

 

Un prince, un tsar ou Bartabas et Tzar : une heure durant, on plonge dans un monde fascinant, une bulle de paix et de beauté grave, oublieux de tout.

Découvrir la nouvelle création du fondateur du Théâtre équestre Zingaro, Tombeau pour un cheval d’orgueil, est une expérience poétique, presqu’impossible à traduire en mots. Un sommet d’art équestre, de dressage, d’entente, de mystère avec deux comédiens, une musicienne et sa basse de viole, une cavalière immaculée en apparitions furtives. Et puis cet homme en noir, et puis sa monture, l’unique et splendide Tzar.

Un cheval immense, à la robe très sombre, d’une harmonie parfaite. On prend la mesure de sa grande taille quand le cavalier Bartabas est à ses pieds. Mais l’entente est telle entre le cavalier et sa monture, que l’on ne ressent que beauté sublime, bouleversante, en les suivant, attentif et soulevé d’émotions.

Il a vingt ans, Tzar. C’est son dernier spectacle.

L’hommage qu’a composé Bartabas tout en figures précises, précieuses, très difficiles, allures changeantes, mouvements suspendus, pas s’enchaînant dans une fluidité fascinante, s’effaçant, revenant, s’inscrit dans la perfection de son art et dans la perfection de Tzar.

Dans des lumières idéales, très délicates, dessinées par Clothilde Hoffmann, s’élève la basse de viole jouée par Lucile Boulanger, sobre présence, entre deux « diseurs », Alice James et Hervé Carballido, que l’on appelle Riton, deux belles voix qui égrainent quelques phrases, quelques fragments brefs de poèmes venus du livre D’un cheval l’autre, et d’un autre texte, non encore publié, Dehors la nuit. Des noirs ponctuent la représentation et, parfois, surgit, sur Misere, cheval blanc, la fine et légère Solenn Heinrich. Un tour de piste, ou quelques-uns, et elle disparaît, avant une ultime apparition qui reprend l’une des images aériennes mises au point par Bartabas.

Les pages musicales sont empruntées à Philippe Hersant, Monsieur de Sainte Colombe, Nicolas Hotman, Marin Marais, ou du Sieur de Machy. Et la virtuose qu’est Lucile Boulanger –on entendra parfois également Manon Papasergio- éclaire de son art brillant ces musiques rares qui ajoutent aux rêves.

Redisons-le : impossible, par ces mots, de donner une idée de ce moment unique. Tombeau, poème musical, hommage à la grandeur de Tzar, au regard impressionnant et doux, aux oreilles si expressives, au souffle émouvant, accompagné du cliquetis de son mors.

Après ce pas de deux bouleversant, vous aurez encore une surprise…Des habituées de Zingaro envahiront la piste…Mais oui, les oies !

Théâtre équestre Zingaro, les vendredis et samedis à 19h30, les dimanches à 17h30. Durée : 1h00. Jusqu’au 31 décembre. Adresse : 176 avenue Jean-Jaurès, métro Fort d’Aubervilliers.

A lire et relire : D’un cheval l’autre (Gallimard). Tombeau pour un cheval d’orgueil, recueil de poésies, à paraître début mars 2027 (Gallimard).

Le programme est une plaquette en noir et blanc, magnifique. Des dessins de Jean-Louis Sauvat, des textes de Bartabas. Une splendeur de document.