Elle était d’une beauté aristocratique et d’un talent immense. Liée au destin du Théâtre du Soleil dans les vingt premières années de la troupe, elle a travaillé énormément par ailleurs, au cinéma et sur les planches. Elle s’est éteinte le 30 septembre. On ne l’oubliera jamais.
Joséphine Derenne ou la beauté, Joséphine Derenne ou l’éblouissant talent, Joséphine Derenne ou une inoubliable artiste qui aura marqué profondément les spectacles dans lesquels elle jouait, marqué les personnages de son empreinte intelligente, ultra sensible, sensuelle. Et spirituelle. Elle aura marqué les spectateurs troublés par sa présence idéale, tout en finesse, délicatesse, autorité en même temps, sa silhouette sublime, son visage à l’architecture ferme et fine, son regard profond et lumineux, sa voix harmonieuse.
Elle avait une grâce qui la faisait soeur d’Alida Valli et on l’aurait bien vue dans les films de Visconti. Mais Joséphine Derenne était une fille de troupe. Une étoile au Soleil. Une camarade qui partageait tout. Et qui a joué et tourné sous la direction d’Ariane Mnouchkine : une chance, un privilège, un destin.
Elle fut là dès les débuts. Jeune flamme virevoltante, enjouée, charmeuse. Le Théâtre du Soleil avait été fondé le 29 mai 1964 par des étudiants de l’Association théâtrale des étudiants de Paris, après leur rencontre, après le voyage d’Ariane en Asie…En 1970, ils s’étaient installés dans les bâtiments militaires vacants de la Cartoucherie…
On connaît la suite.
Si vous êtes trop jeune pour avoir applaudi Joséphine Derenne en ces premières années, voyez Molière, le film. Elle est Madeleine Béjart. Magnifique de délicatesse, dans tous les plans, auprès du très jeune Philippe Caubère.
On ne saurait énumérer ici tous les rôles, au théâtre comme au cinéma. Des dizaines de pièces, des dizaines de films, quelques mises en scène. A la Cartoucherie, elle a joué avec la troupe jusqu’en 1983. Jusqu’aux Shakespeare comme on dit au Soleil.
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Ensuite, Joséphine Derenne n’a cessé d’être appelée par d’importants metteurs en scène, de Peter Brook à Gilles Gleizes en passant par Daniel Mesguich ou Jean Boillot, Christian Schiaretti, Declan Donnellan, Julian Negulesco.. Les artistes femmes appréciaient sa présence irradiante : Claudia Stavisky, Agathe Alexis, Lucienne Hamon, Susanna Lastreto.
Au cinéma, Claude Lelouch, Nicole Garcia, Benoît Jacquot la font tourner, et à la télévision, Raoul Peck, Jacques Doillon, Jacquot encore, lui offrent de beaux rôles.
Cette femme généreuse fut aussi une professeure que ses élèves aimaient. Elle enseigna au cours Florent, de 1990 à 1993. Et signa de très sensibles mises en scène : de la poésie de Yannis Ritsos pour Ismène, aux contes de Giambattista Basile en passant par le formidable Suicidé de Nicolaï Erdmann, en 1995.
Cette femme d’esprit, accueillante, chaleureuse, qui s’est éteinte à 87 ans est la mère de deux filles, Emmanuelle et Hélène Cinque. On pense à elles et à leurs quatre garçons que Joséphine adorait.