La Jeanne de Delteil, à la perfection

Au Théâtre Lucas-Paumier, on peut découvrir une mise en scène qui a déjà trente ans, mais demeure d’une éblouissante fraîcheur. Christian Schiaretti a trouvé la simplicité et la profondeur, Juliette Rizoud est l’enfantine et héroïque bergère.

Rien, presque rien. Un plateau déserté. Des éléments de travail sont là, abandonnés après la dernière d’un spectacle, sans doute. Un chariot, une échelle, des objets métalliques assez austère, la bonne vieille « servante » sans doute, tout un bric-à-brac sans particulière poésie.

Mais voici que surgit une jeune femme. En escapade sur le plateau. Elle est Jeanne, la Jeanne de Joseph Delteil, merveille de naturel, d’élan, d’imagination. Une petite fille qui profiterait d’un moment d’inattention des adultes, pour occuper la scène et jouer. Se jouer du théâtre au repos, se jouer d’une parole magnifique, pure, simple, pleine d’images savoureuses, gorgées des effervescences d’une nature amie. Plantes, oiseaux, odeurs, matières, animaux, sentiments, herbes vertes, buissons, arbres, senteurs, eaux qui caracolent, et cette jeune fille, tellement sensible, sensuelle, amoureuse de la nature mais qui est reliée aux cieux. Elle a entendu des voix. De belles voix, impressionnantes et irréfutables.

C’est Jeanne. Notre Jeanne des écoles ou du catéchisme. Notre Jeanne partagée, tendre bergère et femme de décision, voyante, cheffe de guerre, gagnante de bien des batailles, avant la tragédie des flammes. Dix-neuf ans. Une enfant invincible et que l’on aime. Croyant ou pas.

Joseph Delteil, un grand homme d’écriture et de la terre. Un grand homme du sud, né dans l’Aude en 1894 et mort en 1978, dans l’Hérault. C’est Pierre Mac Orlan qui permit sa première entrée dans le monde de la littérature. Il séduisit, par sa liberté, André Breton et les surréalistes. Mais ils le rejetèrent, justement à cause de cette merveilleuse Jeanne d’Arc, pour laquelle il reçut le prix Femina 1925.

Il a énormément publié dans les années 20-30. Avant de se retirer, malade, dans son cher sud  à la Tuilerie de Massant. Il se remet et il n’est pas sans amis. Notamment Henry Miller. Et puis Pierre Soulages, Brassens, Trenet, Jean-Claude Drouot. Beaucoup d’autres. On ne l’oublie pas et des Jean-Louis Bory, Jacques Chancel,  d’autres encore, contribuent à entretenir la flamme.

Ceci dit parce que l’on sait bien que sa mémoire s’efface…Il y a une quarantaine d’années, vers 1980, Viviane Théophilidès monta un spectacle de théâtre, avec Micheline Uzan, d’après la Jeanne. On ne l’a jamais oublié. Ici, la représentation doit beaucoup à Jean-Pierre Jourdain qui a adapté le texte avec délicatesse, finesse, saveur.

Voici donc, un texte de haute poésie, « joué » avec comme appuis des éléments assez secs, de métal, de chantier. A Camille Grandville, succède une excellente interprète que l’on connaît très bien car elle a fait partie d’une troupe de jeunes créée par Christian Schiaretti : Juliette Rizoud, possède une lumière, une présence, une vivacité, une voix très touchante. Jeanne bricole sur le plateau, comme une enfant qui s’amuserait…Elle va, vient, monte, descend, grimpe, saute, court, parle, s’échauffe, se tait, se fige, repart. Une merveilleuse interprétation qui fascine et enthousiasme. Un spectacle ? Un moment de haute théâtre, de poésie, de jubilation. A ne rater sous aucun prétexte.

Théâtre Lucas-Paumier, 15 rue du Retrait, 75020 Paris, jusqu’au 17 février. Durée : 1h30. Tél : 01 87 4 61 11. A des dates et heures différentes selon les semaines. Renseignements sur le site du théâtre. Prochaines représentations, les mercredis 14, 21, 28 octobre à 21h, les jeudis 15, 22, 29 octobre à 19h.

www.theatrelucas-paumier.fr