On voit souvent sur scène cette pièce brève et délicieuse. Un acte, quinze scènes, un peu plus d’une heure pour six interprètes. Un enchantement en mensonges moirés et abandons vertigineux. Ici, on est au sommet de l’art théâtral.
C’est pour eux, les Comédiens-Français que Marivaux composa Le Legs. Ce sont eux qui le créèrent, le lundi 11 juin 1736. Ils le jouent dix fois, puis reprennent la pièce treize ans plus tard. Et depuis, ce bijou en un acte et quinze scènes, n’a cessé d’être à nouveau repris. Et bien sûr, pas seulement à la Comédie-Française. On est un an avant Les Fausses confidences : l’écrivain est au sommet de son art étourdissant.
Souvent, on donne Le Legs avec L’Epreuve, autre comédie en un acte et en prose. Un chef-d’oeuvre, également.
Ici, au Studio-Théâtre, on n’a pas le souci de soirées copieuses. On joue une heure/une heure trente et dans la mise en scène d’Aurélien Hamard-Padis, on peut déguster tranquillement le moindre mot, le moindre suspens, le moindre soupir.
Disons-le, on n’est pas vraiment convaincu par la scénographie un peu lourde mais on l’oublie complètement parce que l’espace et les circulations sont bien pensés. Les costumes de Claire Fayel sont très bien composés, dans les formes, les matières, les couleurs et les lumières de Nieves Salzmann ajoutent à la grâce générale.
Aurélien Hamard-Padis a depuis longtemps des fonctions à la Comédie-Française, comme assistant ou comme directeur de lectures sophistiquées.
En 2025, il a mis en scène, ici même, au Studio, Le Moche de Marius von Mayenburg. Il connaît très bien la Troupe et peut s’appuyer sur une distribution très brillante. Il les dirige à merveille. Il y a de la vie, du mouvement, de la malice et des élans que l’on partage.
On ne donnera pas ici tous les détails des jeux de chacun. Les six interprètes sont formidables de finesse, de profondeur, de vitalité, de joie. Ils savent faire passer toutes les nuances des dialogues si efficaces et moirés en même temps du grand Marivaux.
Les regarder, les écouter, et l’on est dans une jubilation de chaque instant.
A la fin, on demanderait bien un bis ! Pour l’aiguë et vertigineuse Julie Sicard, la Comtesse, pour le profond et si « vrai » Nicolas Chupin, en Marquis. On sait que l’argent est souvent présent dans les histoires de mariage ou -et- d’amour de Marivaux. On y va directement, ici. Et tout flambe…
Dans la partition d’Hortense, Claire de La Rüe du Can, est idéale. Quelque chose de réfléchi, en tout son être. Hortense expose d’entrée la situation. Elle s’adresse sans réticence au Chevalier. C’est Alexis Joly qui le joue : un des derniers engagés, belle présence, vive et discrète, ici. Ce Chevalier Hortense l’aime…mais elle pourrait être obligée d’épouser le Marquis, pour un héritage complexe…
Hortense, très intelligente, sait qu’elle peut manipuler les serviteurs. Lépine, Baptiste Chabauty, valet de chambre du Marquis, a des vues sur Lisette, la suivante de la Comtesse. Mais il est un peu faible, le cher Lépine. Baptiste Chabauty est épatant.
Quant à Lisette, c’est la merveilleuse Jennifer Decker, dans un sarrau bleu, qui l’incarne. Elle est très expressive, mais dans la nuance. Rien n’est appuyé. Elle a de l’esprit. Un grand personnage par une grande interprète !
Studio-Théâtre de la Comédie-Française, à 18h30 du mercredi au dimanche. Durée : 1h10. Jusqu’au 8 novembre. Tél : 01 44 58 15 15.
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Ajoutons que l’Administrateur Général, Clément Hervieu-Léger a pris la décision de renouveler les portraits de la Troupe. En couleurs, en sourires ou réserve, ils sont beaux ! Vive Marie Rouge !