Avignon, avec quelque retard

Si le festival, le 80ème festival, a commencé le 5 juillet, pour des raisons techniques, rien n’a été publié dans ces colonnes. On ne viendra pas à bout du temps perdu. Mais, en route…

Avignon 80ème, ouverture au noir

Trois importants spectacles dès le premier jour, samedi 4 juillet. Tiphaine Raffier à 11h du matin à la Fabrica, Caroline Bianchi et Clara de Cavalo à 17h à l’Opéra Grand Avignon, précédaient Julien Gosselin, à 22h, dans la cour d’honneur. Trois productions qui sont tissées au-dessus de la mort.

Longtemps, à Avignon, tout commençait à 22h, dans la cour d’honneur du palais des papes. Longtemps, on frémissait en attendant ce grand départ. Jean Vilar, Paul Puaux, Bernard Faivre d’Arcier, Alain Crombecque ne dérogèrent pas à cette règle non écrite installée peu après les débuts de la « semaine d’art en Avignon ». Les jeunes Hortense Archambault et Vincent Baudriller, Olivier Py, eux, proposèrent parfois des rendez-vous anticipés…

Cette année, ce sont cinq propositions importantes qui précédaient Maldoror ou jouaient en même temps. Etrange.

Dans un élan discipliné, on a vu L’hors-présence ou Chimères au pays de Morsan, de Tiphaine Raffier et Uma Luz Cordial de Carolina Bianchi et Cara de Cavalo, dernier volet de la Trilogie Cadela Força de l’artiste brésilienne, après A Noiva e o Boa Noite Cindarela en 2023 et The Brotherhood en 2025, dès ce fameux 4 juillet.

Deux mises en scène importantes dont nous reparlerons à part. Mais ce qui nous est apparu concrètement, même si on le savait, c’est à quel point ces deux artistes puissantes et originales, très différentes, s’inscrivent dans la galaxie Gosselin…Il y avait donc une certaine logique à les rassembler en une seule journée et d’autant plus que ces trois moments sont liés par une thématique très noire, par-delà même le titre plein de lumière de Carolina Bianchi.

A 22 HEURES DANS LA COUR D HONNEUR

Pour tout artiste qui accepte de se risquer en ce lieu d’une beauté majestueuse, minérale, impressionnante, la première question est : comment ?

Julien Gosselin saisit d’emblée le public de la cour. C’est « sa » cour. Il fait immédiatement de cet espace exaltant et paradoxalement familier pour les spectateurs, un autre lieu. Il renverse tout, littéralement. Il fait sa révolution. Des nuées légères mais insistantes envahissent le plateau jusqu’à la salle. Ces nuées seront utilisées tout au long de la représentation (5h45 pour le moment), s’échappant des côtés ou coulant par les hautes fenêtres du grand mur. Elles sont essentielles, car elles disent le passé, le rêve, le sentiment d’irréalité, l’envol.

L’autre grand geste de Julien Gosselin, et c’est superbe, c’est de ne pas tenter de rivaliser avec l’architecture médiévale et ses hautes parois, mais d’aller voir sous le plateau, sous la cour. Vraiment. On a déjà vu des spectacles joués sous le plateau, on a vu des metteurs en scène user de trappes pour faire surgir personnages et éléments de décor.

Mais jamais personne n’était descendu, comme un spéléologue que plusieurs hommes harnachent devant nous, dans le puits creusé dans la roche, sous la cour des papes…C’est Guillaume Bachelé que l’on suit dans cette première exploration. Quinze mètres plus bas, on le quitte. Remontera-t-il ? Réveillera-t-il les fantômes des papes, des artistes ? Trouvera-t-il le terrible Maldoror, va-t-il libérer des forces indomptables ?

On va le retrouver plus tard, jouant plusieurs « personnages » : Pedro Gonzales Carrera, Juan Stein, ou encore Pepe, le policier-souris.

On a dit un nom, il faut ici citer chacun : ils sont hallucinants dans la discipline –ils parlent désormais très bien plusieurs langues ; ils les ont apprises- comme dans l’inventivité et suivent chacun plusieurs parcours. Nommons-les : Guillaume Bachelé, donc, et Rita Benmannana, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Jeremy Lewin, Jeanne Louis-Calixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose, Maxence Vandevelde.