Comédienne aux talents multiples, elle a adapté Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et en propose une « lecture scénique », sous le regard avisé d’Anne Bourgeois et d’Yves Angelo.
Pas de routine avec cette artiste qui n’a jamais cessé de jouer, au théâtre, au cinéma, à la télévision. Depuis le conservatoire, on ne l’a jamais perdue de vue : elle se renouvelle sans cesse, se confrontant à des répertoires très contrastés et chérie par des réalisateurs très différents. On ne refera pas ici tout son parcours…et l’on ne choisira pas, car elle excelle à prêter sa beauté, son charme, sa grâce à des personnages très divers. Du plus tragique au plus léger, il y a mille et une Caroline Silhol.
Avec cette adaptation de Mémoires d’une jeune fille rangée, elle fait preuve d’une grande habileté : pas simple de réduire les cinq cents pages de l’ouvrage de Simone de Beauvoir à un moment d’à peu près une heure quinze pour un seul en scène délicat et moiré qui subjugue. Caroline Silhol a su conserver une cohérence et donner à la narration une fluidité séduisante.
Il y a du suspens dans ces souvenirs, ces aveux. La jeune Simone de Beauvoir -que l’on ne cesse de célébrer ces temps-ci car elle est entrée dans La Pléiade- nous entraîne dans son univers de bourgeoisie cossue, mais évoque surtout son désir de savoir et de réussite. Elle veut sortir du lot. Elle le veut dès la pré-adolescence. Son père la trouve moche… Elle trouve dans les livres et les études poussées un chemin d’affirmation de soi qui ne la quittera jamais.
On ne racontera pas ici le parcours du « Castor ». Il faut vous laisser déguster les anecdotes, les confessions, le style de cet écrivain qui oeuvre à la liberté des femmes en construisant la sienne.
Sur le plateau de la « grande » salle du Poche, très élégamment vêtue, Caroline Silhol va et vient entre trois points, sans que l’on n’ait le sentiment d’un artifice. L’oeil d’Anne Bourgeois est là, qui connaît les secrets des plateaux et dirige avec finesse les déplacement et l’interprétation de la belle virtuose. Yves Angelo, lui, inspiré et amical, signe des lumières tendres. Réalisateur, scénariste, directeur de la photo, on est touché de le voir offrir son art profond à cette aventure singlière.
Caroline Silhol, dans les « épisodes » conservés presque complètement, s’attache à l’amitié. Cela donne des scènes de camaraderie déliées et heureuses, avec l’apparition de Sartre, bien sûr, et des scènes de complicité avec sa meilleure amie qui sont d’une éternelle vérité. Rien ne semble daté. Cette amie, hélas, connaîtra un sort tragique et cela a beaucoup marqué cette âme forte qu’était Beauvoir.
« On ne peut jamais se connaître mais seulement se raconter » disait-elle. Manière de forte pudeur voilant subtilement le récit.
Théâtre de Poche-Montparnasse, les mardi, mercredi, jeudi à 19h. Durée : 1h20. Le texte est publié en Folio.
Jusqu’au 9 juillet.
Tél : 01 45 44 50 21.
www.theatredepoche-montparnasse.com