Une semaine, d’un spectacle l’autre

Du lundi 4 au dimanche 10 mai, d’espoir déçu à surprises réjouissantes et découvertes, une salve de représentations dans le privilège de la diversité.

Revue rapide pour des spectacles sur lesquels nous reviendrons avec plus de précision car ils sont pour un moment encore à l’affiche et méritent un éclairage véritable !

On écrit cela avec d’autant plus d’élan que la semaine avait hélas bien mal commencé, avec une production dont nous attendions beaucoup et qui s’est avérée plus que décevante. Des hommes endormis de Martin Crimp, donné en présence de l’écrivain britannique, à l’Athénée. Une mise en scène de Ludovic Lagarde dirigeant Christèle Tual, Laurent Poitrenaux, Hortense Girard, Guillaume Costanza. Le titre : Des hommes endormis. Le thème annoncé ? Une visite, à deux heures du matin, de deux jeunes brillants au domicile de deux ainés universitaires, très reconnus. C’est la femme qui les a invités. Déjà un peu bizarre cette heure de la nuit pour se rencontrer…La nuit, on y demeure. On ne saisit  pas grand chose des enjeux de cette pièce traduite par Alice Zeniter, texte issu d’une commande de Katie Mitchell il y a huit ans. Traduite en France rapidement mais jamais montée. On comprend pourquoi. (Athénée, jusqu’au 24 mai).

Mardi 5, une adaptation loyale et sensible, (habile dans la réduction opérée d’un ouvrage de 500 pages) de Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, par Caroline Silhol qui joue et lit, seule en scène; cahier à la main. Voir plus haut, un article. (Poche Montparnasse, jusqu’à mi-juillet).

Mercredi 6, voyage jusqu’à Nanterre pour retrouver Roger Des Prés et la Ferme du Bonheur. C’est bien sûr très longuement que nous parlerons du « spectacle » et de la situation de ce lieu unique, peu à peu grignoté par des décisions municipales et au-delà aux conséquences funestes. Mais il en faudrait plus au poète résistant pour être vaincu. Et l’on ne saurait trop vous recommander de courir à Nanterre, pour voir et écouter La Fabrique du P.R.E (Parc rural expérimental), de, par et avec Roger des Prés. A voir, revoir. Presque seul, désormais, dans son île de verdure, Roger des Prés peut compter sur le soutien de ses spectateurs fidèles, d’étudiants, notamment en urbanisme, en architecture, en écologie, et de la lumière de deux frères en audace, l’architecte Patrick Bouchain, le jardinier-paysagiste Gilles Clément. Deux poids lourds qui vont l’aider à aller plus loin, littéralement. (La Ferme du Bonheur, 220 avenue de la République 92000 Nanterre, jusqu’au 28 juin. Renseignements sur les jours de représentations : www.lafermedubonheur.fr   Tél : 01 47 24 51 24 et contact@lafermedubonheur.fr

Ensuite, on peut aller vers d’autres artistes que l’on admire et dont chaque spectacle est une formidable bouffée d’intelligence, d’audace, de sensibilité. Ainsi, dans la salle dite « Théâtre du Soleil, petite salle », en contrebas de La Tempête, se donne Chimère, texte écrit et mis en scène par Frédérique Voruz, artiste formidable. Au Soleil ou auprès de Simon Abkarian, nous l’avons découverte dramaturge avec deux opus d’une liberté aussi joyeuse que grinçante, inspirés de sa vie. Lalalangue, monologue, puis Le Grand Jour pour huit acteurs et actrices. Dans Chimère, elle joue une fée ambivalente, très drôle et inquiétante à la fois, tirant nerveusement sur ses cigarettes, agressive ou attentive, plus que soupe-au-lait, épatante ! Le propos ? Une aventure de procréation médicalement assistée. Frédérique Voruz, qui s’inspire de sa propre vie (elle a aujourd’hui une petite fille de deux ans) imagine Stella (la délicieuse Rafaela Jirkovski) et Neven (Yuriz Zavalnyouk), rêvent d’un enfant…Mais rien ne se passe. Chemin long. Eliot Maurel a composé la musique et joue en direct. Salomé Dienis Meulien est l’infirmière, entre autres rôles. Ajoutons le créateur de l’espace et des lumières, Geoffroy Adragna et l’assistant précieux, Alexandre Babey. On en dira plus dans quelques jours. Ce spectacle est irrésistible (Théâtre du Soleil, petite salle jusqu’au 17 mai, puis à Avignon, du 4 au 25 juillet, au Théâtre des Halles).

Au Rond-Point, ces temps-ci, reprise d’une création très déstabilisante, formidable par son originalité et ses contrastes Le Syndrome de Cassandre de Yann Frisch. Premières représentations ? Il y a dix ans; Depuis, évidemment, ce poète-magicien, comédien, clown, acrobate, a participé à plusieurs spectacles, écrit, monté, joué des textes très personnels. Au fil du temps, son public s’est élargi. Enfants, adolescents, adultes, rient, se font bousculer, manipuler. Ont peur. Yann Frisch est fascinant et de lui aussi on reparlera. Il est unique et partage. (Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 17 mai).

Retour à la Cartoucherie, au Théâtre de la Tempête. Pour un concert chaleureux déployé autour de la belle Ludmilla Dabo qui a écrit le texte et le met en scène. Musiques en héritage. Encore un formidable moment, tonique et très émouvant, puissant par sa pensée et par sa musique et ses chansons. Les interprètes portent ce camaïeu avec talent et discipline, avec une joie communicative. Ludmilla Dabo, donc, qui, depuis le conservatoire ne cesse de nous éblouir. Ses camarades, Elise Vigier, pour la Bretagne, Kaloune, pour La Réunion, Anthony Capelli, Louis Jeffroy, Gilles Normand, Italie, Sénégal, Cameroun, sans oublier des titres partagés de la variété française, pour le dire vite, c’est un festival profond et enjoué, plein d’étincelles de joie. C’est fluide, contrasté, coloré, magnifique ! (Théâtre de la Tempête, jusqu’au 24 mai).