Retrouvons la Ferme du Bonheur

A deux pas de la fac de Nanterre, une île de verdure et de poésie, « La Ferme du Bonheur » invite au dépaysement. A retrouver, à découvrir. Et à défendre.

Il suffit de prendre le RER et de descendre à Nanterre-Université. Rien de plus simple. On laisse la fac sur la gauche et on longe un mur dans lequel, un peu plus loin, s’ouvre une porte, croulant sous la verdure. C’est l’entrée de « La Ferme du Bonheur », îlot de fraîcheur inattendu au cœur de paysages très urbanisés, à deux pas d’un réseau routier que l’on oublie complètement. Depuis plusieurs dizaines d’années, Roger des Prés reçoit ici un public de toutes générations. On a vu de magnifiques spectacles consacrés à Jean Genet, on a pris la route, alentour, en suivant des moutons, les étudiants ont fait la fête dans une halle à taille humaine. On a croisé tout un monde d’animaux, heureux dans ce havre, sans peur des humains.

En ce moment, Roger des Prés présente « La Fabrique du P.R.E ». « Pré » ici veut dire : « parc rural expérimental ». Une conférence animée au cours de laquelle l’âme des lieux revient sur l’histoire de La Ferme du Bonheur. Grand béret-galette sur la tête, comme un berger rassurant, cet homme de théâtre qui a le sens de la beauté et des récits, rappelle les étapes de la vie de son utopie en marche. Si Roger des Prés a accompli ici un travail très original, il a toujours connu une adversité certaine. Ainsi les tutelles municipales n’ont-elles jamais vraiment compris l’utilité d’un tel lieu. Peu à peu, le terrain a été grignoté et les animaux ont dû être éloignés. Les seuls à demeurer sont les paons qui font un tapage d’enfer à la tombée du jour, volant la vedette aux artistes…Et la garde très rapprochée du bâtisseur de cette utopie devenue concrète. Au premier rang desquels Pierre-Vincent Chapuis. Saluons aussi Jaki qui a trouvé une vie, une voie à La Ferme du Bonheur et qui, ces temps-ci, assiste Roger des Prés dans la conférence-spectacle La Fabrique du P.R.E (Parc Rural Expérimental), assurant les lumières, passant les images, notamment.

Le moment que l’on passe à écouter Roger des Prés, entouré de cartes, de plans, de maquettes signés Lee-Ann Bassett et Nathan Renon, d’un très imaginatif jeu de tarot spécialement créé par Marina Ruffin, est merveilleux. Le Seigneur de la ferme a des amis : Patrick Bouchain, architecte et urbaniste, éditeur chez Actes-Sud d’un livre très intéressant sur l’homme et le lieu. Gilles Clément, paysagiste-jardinier est lui aussi un fervent défenseur de cet espace unique. Beaucoup d’autres…Mais la ferme va disparaître, hélas.

Pourtant tout n’est pas perdu. Depuis 2008, Roger des Prés et ses amis, ont pris soin d’un terrain vague de 4,2 hectares, non loin de là. Défriché, planté, soigné, ce lieu sera le nouvel enracinement de la Ferme. Des institutions et associations participent au projet, comme les volontaires. On peut se rendre au Champ de la Garde et travailler entre amis ou en famille. Une promenade idéale pour les beaux jours…Allez, en route !

La Ferme du Bonheur, 220 avenue de la République, 92000 Nanterre. Tél : 01 47 24 51 24. Jusqu’au 28 juin. Conférence-causerie à 20h. Ouverture des portes à 19h. Bar, tapas, etc. Prix d’entrée : « à discrétion ».  Les travaux d’agro-poésie ont lieu tous les dimanches. Rendez-vous à la Ferme à 13h30. Départ pour le Champ de la Garde, à 14h.