Après les Bouffes du Nord, la production du Yang Hua Theatre s’installe pour une grande semaine au TNP<-Villeurbanne avant une tournée en automne.
Etrange objet de fascination poétique, dramaturgique, musicale est cette version scénique très émouvante du Petit Prince de Saint-Exupéry par une troupe d’artistes chinois de plusieurs générations, et venus d’horizons divers. Un étrange objet, oui. Dans les projets de Jean Bellorini depuis des mois et des mois.
Sollicité par des artistes chinois d’un réseau de production privée, il avait monte Les Misérables avec une force et une lumière qui avaient subjugué le public du TNP, où le spectacle avait été présenté après création et tournée en Chine.
Ensemble, autorités artistiques chinoises et truchements, notamment l’élément essentiel de ces créations, Anaïs Martane, il avait été décidé de poursuivre sur la voie des créations sino-françaises. Le Petit Prince est une oeuvre très connue en Chine, très souvent traduite,
On n’insistera pas ici sur les « personnages » qui, pour les Français, jeunes ou vieux, sont intimement liés au texte, mais également aux dessins d’Antoine de Saint-Exupéry. On peut entrer dans la représentation, lestés de connaissances précises ou comme dans un univers neuf. Sans doute cette option d »esprit frais est-elle la plus simple, car ainsi l’on reçoit sans question, les différentes inspirations, notamment musicales, de la proposition.
Dans l’espace enveloppant des Bouffes sur Nord, une piste de flocons blancs ou de pétales fragiles, est l’aire de glissades répétées d’un petit garçon, en un tourbillon de rires et de joie; un tourbillon de flocons qui s’envolent, aériens. Ou de pétales.
Cet enfant de six ans se nomme Jin Zhenhe (en alternance avec Zhang Hao Tong). Il ouvre et ferme le spectacle, en joie pure. Il n’est pas celui qui représente le Petit Prince, mais il est l’universalité de l’enfance heureuse.
Jean Bellorini, entouré d’une équipe chinoise très forte, propose une adaptation aussi fidèle que libre. Si l’on retrouve les « personnages », le Renard-Fennec, l’allumeur de réverbère, la rose, la cage du mouton, etc. dans le spectacle, on suit également un adulte, savant poète, sage audacieux, qui apparaît et réapparaît et apporte ses pensées, ses commentaires…Xue Fei est l’incarnation, sensible et changeante, de cet être. Un grand acteur, Xue Fei.
Et, ici, tout le monde est musicien et chante…
Bien sûr, du côté des adultes, il y a l’aviateur…Le pilote et l’écrivain, l’homme des rencontres merveilleuses. Le narrateur. François Deblock, interprète d’exception, est cet être au grand coeur, l’humain idéal, jusque dans ses défauts, ses faiblesses. Il est magnifique et on devine à quel point ses liens avec le Petit Prince de théâtre et de musique, sont profonds.
Un tout jeune adolescent de 13 ans est le Petit Prince; Un artiste, de toutes ses fibres. Heureux sur un plateau, comme dans la musique, la poésie, le chant, la fantaisie, le sérieux, le rire. Il se nomme Li Yichen. On ne peut résister à ses dons, à son charme, à sa liberté…
Dans cette production, la profonde discipline d’interprètes très talentueux, recrutés du côté de la musique, et qui sont dans leur art, mais savent user d’une heureuse liberté, subjuguent. Citons Xiaoliu, la rose cristalline, Zhong Lifeng, le Renard, Fanking, la Reine. Leurs voix sont nuancées, magnifiques.
Chen Minhua est aux claviers et à l’accordéon, tandis que Clément Griffault, au piano, a assuré une grande partie de la direction musicale, des choix des musiques, choix parfois inattendus, faits en compagnie de Jean Bellorini lui-même.
C’est exactement comme chez Saint-Exupéry, en éclats nombreux et en une unité bouleversante.
Au TNP-Villeurbanne, du samedi 30 mai au samedi 30 juin.