La grande comédienne s’est éteinte la nuit dernière, vaincue par un cancer qu’elle combattait depuis plusieurs années. Son jeu avait toujours été d’une exquise délicatesse, sa voix, sa présence, son intelligence, ajoutaient à sa grâce.
Il y a quelque chose d’indiscret dans tout hommage à une personne disparue. La mort oblige. On ferait mieux de se taire. Mais on parle, mais on écrit, parce que l’on pense que l’oubli est si lourd, parfois, qu’il vaut mieux quelques mots, mêmes pauvres et impuissants.
Christiane Cohendy, être d’ultra-sensibilité qui avait choisi, comme métier de vivre, celui de comédienne, s’est éteinte la nuit dernière. Chez elle. Les amis, les proches n’étaient pas loin. A l’heure des soins palliatifs, chacun savait bien que le ciel, déjà, s’était obscurci. Mais tant que la vie palpite, on croit aux lendemains…
Christiane Cohendy luttait depuis plusieurs années contre un cancer des poumons. Un cancer qui avait commencé par les poumons et dont elle connaissait depuis le diagnostic, la sévérité. Mais elle avait travaillé, au-delà de cette funeste découverte. Et l’on était heureux de la revoir, de la retrouver. Avec cette voix très particulière, un peu en retenue, sa merveilleuse diction, fluide et irisée de sentiments donnés avec une profonde sensibilité. Sans pathos, sans larmes. Avec douceur, mais autorité.
Son visage classique, son nez clairement dessiné, son ovale aux angles nets comme son menton, son regard profond, tout en elle disait la force vive et sans agressivité, d’une très grande artiste.
Dans les répertoires classiques comme dans la modernité, les textes les plus contemporains, elle était remarquable. C’est que Christiane Cohendy avait d’abord souci du sens : comprendre, faire comprendre. Cela paraît l’évidence même…Mails il faut une discipline, une modestie, une intelligence, une générosité que l’on ne rencontre pas toujours, pour se plier à cette règle simple et lumineuse.
Depuis plus de quarante/cinquante ans, -mais oui-, qu’il nous était donné de parler de Christiane Cohendy, nous n’avions pas tellement renouvelé notre vocabulaire. Difficile de remonter aux sources, mais en tout cas, et on s’en souvient avec une force presque magique, elle avait été l’une des fondatrices du théâtre Eclaté d’Annecy, mais bien avant déjà travaillait avec le jeune Alain Françon, comme le fit alors André Marcon, par exemple. Plus tard, elle allait rejoindre le TNS (Théâtre natioanl de Strasbourg) avec Jean-Pierre Vincent.
Mais pour la liste des rôles, il y a des sites, des « wikipedia », même, des lieux très professionnels, assez fidèles.
Non. Comment saisir le plus personnel, le plus original, le plus précieux, d’une femme comme Christiane Cohendy ? Les metteurs en scène ne se sont jamais trompés, et après Alain Françon, Georges Lavaudant, André Engel, Bernard Sobel fut évidemment très important. d’autres encore.Peut-être les cite-t-on dans le désordre. Mais qu’importe.
Des auteurs, qui la préféraient dans les mises en scène de leurs textes, aini, Pierre Laville. D’autres metteurs en scène encore, tel JoFrge Lavelli.
Comment ne pas citer, par exemple, Trotsky à Coyoacan ou Faust Salpêtrière vers 74/75.
Quarante ans plus tard, et alors qu’elle aura dominé tous les rôles, on serait présomptueuse de citer un rôle plutôt qu’n autre.
Elle fut la muse d’un écrivain disparu mystérieusement, tragiquement, le 28 avril 2018, à Phuket, en Thaïlande. Christian Rullier.écrivait beaucoup et Christiane Cohendy créa bien de ses textes; Christian Rullier était scénariste, comédien à ses heures.
Le 15 avril 2019, les amis, les admirateurs de Christian Rullier, les amis et amies de Christiane Cohendy étaient réunis à la Maison des Auteurs, à la SACD, pour rendre hommage à l’artiste disparu…et quelqu’un, soudain, annonça : « Notre Dame brûle ! » Personne ne la crut.
Nous reparlerons de Christiane Cohendy. Une immense artiste. Une femme magnifique. Portant des textes par milliers, liant des livres, partageant. Bref un être unique.
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