Chantal Deruaz, l’inoubliable

Née en 1949, ancienne élève du conservatoire, interprète magistrale et délicate, elle s’est éteinte dimanche. Depuis plusieurs années, elle souffrait d’une maladie neurologique grave. Elle aura été sublime dans tous ses rôles.

Le métier de journaliste n’est pas simple. On croise des personnes, des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants. Des victimes ou des criminels, des jeunes, des vieux, des très forts et de très vulnérables. On suit des affaires, quelque temps. Des procès, des enquêtes, de longues traques. On revoit les protagonistes ou leurs défenseurs, hommes et femmes. Et puis d’autres affaires balayent tout. On n’oublie pas. Mais le travail vous conduit ailleurs.

Avec les artistes, et les comédiens et comédiennes en particulier, il en va tout autrement. On ne les oublie jamais. Parfois, on les retrouve régulièrement. Parfois, on ne les revoit que de loin en loin.

Ainsi Chantal Deruaz fut-elle, pour nous, une étoile scintillante. Mais avec des éclipses. On ne s’inquiétait pas. Elle avait toujours travaillé.

Maintenant qu’elle est morte, on apprend qu’elle a écrit un livre, publié il y a peu. Qu’elle souffrait  de la maladie de Parkinson. Qu’elle ne travaillait plus depuis un certain temps.

On a tellement écrit le nom de Chantal Deruaz, on l’a tellement souvent citée, dans les journaux, dans les revues comme à la radio, à la télévision, on a tellement partout loué son talent immense, solaire et ténébreux à la fois, que l’on est très triste de ne pas avoir compris…

On ne fera pas ici tout le parcours de cet être d’amitié et de talent, de partage et de joie éclaboussante, qui, comme chacune, comme chacun, aura affronté de grands chagrins dans sa vie.  Mais elle ne faisait jamais rien peser sur les autres.

Elle était d’une beauté rayonnante, grande et ultra-féminine, cheveux auburn, teint clair, regard de feu et de douceur, sourire malicieux, voix splendide, présence renversante. Des débuts, au conservatoire et juste avant, jusqu’à ces dernières années, elle fut exceptionnelle.

Voyez les sites qui égrènent les rôles, les metteurs en scène. Ils s’appuyaient sur elle.

Elle avait des amis, des amies, beaucoup. Lisez les témoignages des « historiques » merveilleuses : Christine Murillo, Dominique Valadié. Elles disent la merveilleuse qualité humaine et artistique de Chantal Deruaz. Et leurs plurielles complicités. De rire, par-dessus tout, mais de gravité, d’angoisse. Etre une grande comédienne, c’est tout leurs destins.

 

 

 

 

Les obsèques de Chantal Deruaz auront lieu le mercredi 24 juin au crématorium 1 rue du Cimetière des Iles, 74000 Annecy