Jean Alibert, mémoire à vif

Comme Camus, il a l’Algérie au cœur. Comédien au large spectre, il a composé un récit très touchant, « Je suis né d’un récit brûlant ». Il le joue, seul en scène.

Un homme seul, face à nous, un homme seul dans la nudité austère de la petite salle du Théâtre de la Reine-Blanche. Alors que se donne actuellement une adaptation touchante du Premier homme d’Albert Camus, Je suis né d’un récit brûlant fait écho d’une manière bouleversante à l’histoire du prix Nobel de littérature.

Comme Albert Camus, Jean Alibert appartient à une famille d’ancien ancrage en Algérie. Son père, Alfred Alibert, était né le 31 mars 1912 à Rochambeau. En 1962, au moment de la proclamation de l’indépendance, il est maire de Tenira, dans la wilaya de Sidi Bel Abbès. Le 5 juillet, a lieu le passage des pouvoirs, le passage des couleurs : disparition du drapeau français (l’Algérie, c’était trois départements français) et montée du drapeau algérien. Une cérémonie digne, presque fraternelle, même si déchirement il y a.

Ce jour-là, à Oran, se déroule un massacre d’une cruauté terrible. Des hommes, des femmes de la communauté « Pied Noir », disparaissent. Longtemps, malgré les témoignages, ces événements sont minimisés sinon tus et en tout cas longtemps étouffés. Quelqu’un comme Jean Alibert, n’a pas pu oublier. Il a suivi son chemin : comédien formé à Lyon, couvert de prix, long parcours, d’une quarantaine d’années, auprès de metteurs en scène, de réalisateurs de renom. Repéré, Alibert. Et depuis ses tout débuts.

Avec Je suis né d’un récit brûlant, il se livre. Il ne craint pas d’appeler la mémoire des siens, de son père, de sa famille, des amis, musulmans notamment. Il parle vrai et avec pudeur, retenue, mais une vérité profonde.

Il s’agit d’un très beau moment de théâtre profond. Le cœur noué, on écoute, on est transpercé, on a les larmes aux yeux. Jean Alibert joue aussi dans Le Premier homme. Deux occasions de connaître mieux ce grand caractère.

Théâtre de la Reine Blanche, petite salle. Du 9 au 14 juin, à 21h du mardi au vendredi, 20h le samedi, 18h le dimanche. Durée : 1h30.

Tél : 01 40 05 06 96.

Reprise à Avignon, dans la salle de La Reine Blanche, à 12h30, dans le cadre du Festival « off ».