Au Théâtre de la Reine-Blanche, Hervé Dubourjal incarne le père de la psychanalyse en un vrai-faux dialogue tourmenté avec sa fille Anna. Très intéressant.
C’est d’après un roman que ce dialogue théâtral a été composé. Freud, journal des années noires 1934-1939 de Jean-Marie de Sinety, psychiatre et psychanalyste, nous plonge dans la fin de la vie du père de la psychanalyse. Aude de Tocqueville, qui écrit, conçoit des expositions et parfois des spectacles, a été frappée par l’ouvrage et élaboré Freud dernier combat.
Hervé Dubourjal qui met en scène la « pièce » nous recommande d’oublier les « personnages ». Difficile lorsque le titre inscrit le nom de Freud. Difficile si l’on découvre la comédienne Moana Ferré dans le rôle d’Anna…
On est en 1934. Un homme âgé, qui a consacré sa vie à élaborer une recherche ardue, tient un journal. Sa fille, sa fille bien aimée, suit ses traces mais le contredit. C’est un duel. Dernier combat, oui, car en cette année 1934, c’est l’Europe qui va s’effondrer et bientôt le monde.
Le metteur en scène, qui a choisi un dispositif bi-frontal, et joue donc entre deux rangées de sièges, dans la petite salle du haut du théâtre dirigé par Elisabeth Bouchaud. Elle consacre le lieu aux thématiques scientifiques et aux grandes figures, parfois méconnues, de la recherche. Ainsi sa grande série sur les femmes écrasées par leurs confrères masculins.
Un jeu de tapis au sol, une petite table, rien de trop. Un écran, au fond. Lorsque l’on pénètre dans la salle, on voit un cheval, libre, dans la campagne. Puis, des images de bâtiments s’effondrant et se recomposant -avec le film à l’envers, tout simplement. Et encore, et encore. Lorsque nous avons vu le spectacle, ce va et vient se donnait sur plusieurs longues minutes. On nous signale que ce moment a été resserré.
On entre ainsi plus vite dans le vif de l’affrontement. Un homme qui écrit, pense, parle, une jeune femme qui va-et-vient et disparaît par une porte, au fond, comme passant dans une autre pièce. Un peu répétitif. Mais le texte laisse peu de place à la diversité formelle.
C’est le propos supposé de Freud, ici, qui questionne. Et comment, au soir de sa vie, plus ou moins conduit par sa fille, il tente de cerner la figure de son propre père, Jakob, et la place qu’il avait prise dans sa vie, dans son parcours, dans ses recherches et découvertes.
N’en disons pas plus car ce que parvient à imposer, très intelligemment, Hervé Dubourjal, c’est une atmosphère de thriller, de suspens.
Comédien sensible aux qualités fermes, il impose avec finesse les tourments d’un homme creusé par une mélancolie profonde. Dans la partition d’Anna, la grâce inquiète que Moana Ferré inspire, est tout à fait convaincante.
On pourrait dire plus car le texte renvoie à des questions graves. Comme l’époque dans laquelle se situent les tourments de Freud qui bientôt mourra à Londres, déchiré par un cancer atrocement douloureux dont il souffre depuis des années.
Mais à chacun son interprétation, à chacun son histoire, à chacun ses émotions.
Théâtre de la Reine Blanche, les jeudis et vendredis à 21h, samedi à 20h, dimanche à 15h. Durée : 1h20. Jusqu’au 3 mai. Tél : 01 40 05 06 96.
Ou :reservation@scenesblanches.com