Aux Gémeaux Parisiens, Stéphane Cottin met en scène Nathalie Lucas dans une adaptation du récit de Florence Arthaud Cette nuit la mer est noire. Poignant.
Au commencement, il y a la frêle et indomptable Florence Arthaud, magistrale navigatrice, fée des océans, plus forte que les garçons, ravissante créature, bagarreuse intraitable, fille des airs et des vents, championne. Il y a sa vitalité, sa joie, son goût de la compétition, son esprit, sa malice.
Un beau jour, patatras, en Méditerranée, alors qu’elle rentre au Cap Corse, elle tombe à la mer. Seule à bord, sans gilet de sauvetage, et alors que la nuit l’enveloppe. On est en octobre 2011.
Plume soutenue par Jean-Louis Bachelet, elle fit, quelques mois plus tard, le récit de cette aventure épique. On ne divulgue rien, on ne gâche rien, en posant ces jalons. C’est dans la précision tragique et cocasse de ce qu’il advint et de quelles furent ses pensées durant ces heures épouvantables, que se tiennent l’adaptation, la mise en scène, le jeu.
Un grand écran occupe le mur du fond du plateau des Gémeaux Parisiens. A cour, une flèche métallique, un mât, des haubans peut-être…C’est tout. On verra la mer, le ciel, en vidéos soutenues et une femme. Paradoxalement, non pas « Une femme à la mer », selon le titre de ce spectacle, mais une femme dans les airs, mimant la nage dans la Méditerranée noire comme un volcan.
N’en disons pas plus…Il y a quelque chose d’haletant dans la tension dramaturgique que parvient à imposer l’adaptateur, Jean-Benoît Patricot et qu’amplifie la trouvaille scénographique du metteur en scène Stéphane Cottin et sa manière de diriger l’interprète. Lumières de Moïse Hill, son de Cyril Giroux, tout ici s’accorde à merveille, même le micro induit des effets malheureux. Pourquoi toujours des micros ?
Cheveux longs lâchés, comme Florence Arthaud, acrobate ne perdant jamais son souffle, Nathalie Lucas incarne son merveilleux modèle avec sobriété et sincérité. On est touché, profondément et l’on rit et l’on sourit parfois : Florence Arthaud, dans le récit de cette aventure qui faillit lui coûter la vie, savait se moquer d’elle-même…Et Nathalie Lucas excelle à iriser ses paroles.
On a le coeur d’autant plus déchiré que, trois ans et demi après cette nuit d’octobre 2011, elle devait mourir dans un accident d’hélicoptère, en Argentine, avec neuf autres personnes qui participaient au tournage d’un jeu d’aventures pour la télévision. Elle avait 57 ans.
Les Gémeaux Parisiens, samedi 2 mai à 19h, mardi 5 mai à 21h, lundi 11 mai à 19h, samedi 23 mai à 15h, mercredi 27 mai à 21h. Dans le cadre du festival « SenS », deuxième édition du festival parisien du « Seul(e) en Scène » du 2 mai au 7 juin.
Renseignements et réservations : 01 87 44 61 11. Le spectacle est repris cet été dans le cadre du festival off d’Avignon, aux Gémeaux d’Avignon.
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