Florence Viala, exceptionnelle; encore…

Soir après soir, de belles émotions à incompréhension profonde. Après réflexion, parfois longue.

Il fut un temps, où, travaillant dans des quotidiens, on était sous la pression de la publication : au lendemain de la découverte d’un spectacle, on rédigeait un article.  Plus ou moins bien cadré et utile. On vivait en une époque où n’existait pas internet et encore moins la folie des tweets parfois envoyés alors même que les applaudissements ne sont pas éteints…

Désormais, on préfère laisser les émotions, les impressions, infuser. Ce petit bloc-note, après « Le Grand Théâtre du monde », qui dépendait du « Figaro » et fut fermé un jour sans sommation, après « Le Journal (d’Armelle Héliot) », intitulé prétentieux frappé d’une punition sévère en décembre dernier : bloqué et non remis en fonction par ses autorités de tutelle (une revue de théâtre pour laquelle on ne travaillait plus du tout depuis deux-trois ans car elle a changé de propriétaire et d’esprit).

Demeure le privilège de travailler pour La Tribune Dimanche, pour une équipe jeune et accueillante. Ainsi, ce dimanche, la chance d’avoir visité La Grande Chaumière : dans une partie du bâtiment légendaire, Bertrand de Roffignac comédien d’excellence, s’installe avec sa troupe pour plusieurs mois. Un lieu accueillant sous la malicieuse enseigne de « L’Anomalie »…A suivre. A suivre également, évidemment et l’on en parlera vite, La Bal(la)de de Nijinski, un spectacle conçu par Olivier Py et donné dans le Grand Foyer du Théâtre du Châtelet  Pour un interprète-acteur et un interprète-pianiste, Guilhem Fabre. Après Paris, on retrouvera les deux artistes pour quelques dates sur les routes de l’été dans le « camion-scène » du musicien, initiateur d’un projet nommé uNopia et qui permet d’aller vers le public, depuis 2019.

Parfois, on est tellement saisi par l’intelligence, la force d’un spectacle, que l’on pourrait en parler immédiatement, sans se tromper, même si la représentation est évanescente et que l’on ne saisit pas toutes les intentions.

Ainsi de Lumières, lumières, lumières, réunissant deux comédiennes sur la scène du Studio-Théâtre de la Comédie-Française. Un texte inspiré d’un roman très célèbre de Virginia Woolf et aujourd’hui traduit « Vers le phare », que l’on a connu sous le titre « La Promenade au phare ».

L »auteure québécoise, Evelyne de la Chenelière concentre le propos entre deux grands caractères de femmes que tout semble opposer : Madame Ramsay et Lily Briscoe.

La première, mère de huit enfants, très belle, enfermée dans sa dévotion à son mari, sa famille nombreuse, les devoirs d’une épouse dans son époque victorienne, est un peu bousculée par l’indépendance apparente de la jeune  Lily, artiste-peintre qui ne songe d’abord qu’à elle…

Florent Siaud dirige les deux interprètes avec tact. La scénographie de Romain Fabre instaure une temporalité flottante. Le roman date de 1927. La Grande Guerre n’est pas loin. Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz semblent traduire un moment  précis,  mais les lumières de Nicolas Descôteaux laissent filtrer le même trouble que le décor. Quand est-ce que cela se passe ? Est-on un peu chez les fantômes ?

Dans le roman, qui a souvent fasciné  les hommes et les femmes de théâtre (et l’on pense à Pierre Romans, il y a tant d’années…), la promenade jusqu’au phare ne se concrétise pas, par il pleut, le tempête ne se calme pas.

Lorsque Lily reviendra, dix ans plus tard, le ciel sera plus clément… Où sont les vivants, où sont les mort ? Que reste-t-il de l’abnégation de Madame Ramsay ?

On est dans un temps suspendu et d’autant plus attentif aux moirures de ces deux âmes tourmentées. Disons-le, ici, c’est la profonde présence des interprètes à leurs « personnages », à l’écriture de Virginia Woolf et d’Evelyne de la Chenelière qui subjugue. Un peu plus d’une heure et l’on saisit les tourments des coeurs, des corps, jusqu’à une élévation spirituelle, de la femme sacrifiée aux autres, à celle qui va se sacrifier pour son art. Elles vont vers les lumières…Du phare, des âmes douloureuses.

Florence Viala est magnifique, magistrale sans aucun surlignage. On a beau la connaître et la reconnaître depuis ses tout débuts, on la découvre, toujours plus loin dans la profondeur et la subtilité. Aymeline Alix nous fait aimer cette Lily secrètement éruptive et toujours ultra-sensible. Du grand art, dans cette petite salle…

Studio-Théâtre, jusqu’au 28 juin. A 18h30. Durée : 1h10. Réservations au 01 44 58 15 15.

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Le reste est à venir demain.