Très court plongée de grand théâtre que ce très beau moment, sous un titre très beau lui aussi, « A cette heure de la nuit ». A voir très vite. Maylis de Kérangal par Sophie Cattani.
C’est elle qui commence. Belle et droite, portant les questions de Maylis de Kérangal dans A ce stade de la nuit, texte né de la réalité des naufrages en Méditerranée. Sophie Cattani.
Un homme va se lever du premier rang, un peu plus tard, et s’avancer vers le panneau blanc installé au fond de la scène. Au pinceau noir, des formes apparaissent. Mais c’est le miracle du dessin, on ne connaît pas le dessein des artistes. Et le propos ne se révèle qu’à la toute fin.
Mahmood Peshawa est d’origine kurde-irakien. Né en 1981, il a suivi ses premières études d’art dans son pays, et y a exposé. Il a dû quitter l’Irak en 2016, est venu en France, a été bénévole dans un camp de réfugiés à Dunkerque et travaillé en expositions, installations, performances, vers le sud de Marseille à Châteaurenard en passant par Aix.
Autre artiste impliqué dans ce moment court, dense, très touchant, le compositeur et musicien Pierre Aviat, familier de la danse et du théâtre et qui signe ici des très belles pages, fugitives et délicates.
Quelques projections dont des images du Guépard et notamment des portraits de Burt Lancaster, dans le film de Luchino Visconti. On voit bien sûr Claudia Cardinale, Alain Delon. On s’interroge sur les personnages, mais aussi sur l’écrivain du roman légendaire…
L’essentiel est porté par la présence séduisante et ferme de Sophie Cattani. On l’écoute. Sa voix harmonieuse aux inflexions délicates nous retient. On est ému, toujours, Mais ce n’est jamais larmoyant et ce n’est pas non plus complaisant. Antoine Oppenheim est très très précis mais en même temps léger dans sa direction et dans les mouvements qu’il a choisis.
C’est très beau d’entendre une pensée qui s’interroge sur ce beau nom de « Lampedusa ». On a connu ce nom par le film, qui nous a donné envie de connaître le livre. Quand l’Ile de Lampedusa est entrée dans le discours quotidien de l’actualité, par les mouvements de passages, d’exils, et par les naufrages et les camps, les personnes qui connaissaient Le Guépard se sont interrogées, comme Maylis de Kérangal.
Un bref et très grand moment de théâtre.
Théâtre de Belleville, à 17h le dimanche, 21h15 le lundi, mardi 19h15. Durée : 50 minutes. Jusqu’au 29 septembre. Tél : 01 48 06 72 34.
theatredebelleville.com
Puis, du 8 au 11 et du 15 au 18 octobre, au Théâtre des Marronniers, à Lyon.
Le texte a été publié en 2014 aux Editions Guérin, puis Verticales. Prix Boccace 2016.