Françoise Dolto, ce grand personnage

Le hasard des programmations met à l’affiche deux spectacles dont la célèbre psychanalyste, spécialiste des enfants et des adolescents, est la protagoniste. D’un côté « Le Cas Dominique » avec Bernadette Le Saché, de l’autre « Dolto, lorsque Françoise paraît » avec Sophie Forte.

Comédienne, Nathalie Boutefeu avait été frappée par la lecture d’un livre de Françoise Dolto, Le Cas Dominique. Formée à l’école du TNS, très influencée par l’art de Peter Brook, elle aura mis des années à donner existence à un projet longuement nourri.

On le découvre dans la simplicité profonde d’un spectacle aigu, léger d’apparence, très marquant. Nous reparlerons par ailleurs de ce Cas Dominique. Nathalie Boutefeu, elle-même, interprète la mère d’un jeune Dominique qui a 14 ans lorsque Françoise Dolto le rencontre à l’occasion d’une consultation. Ses parents, son père en particulier, le rejettent et n’accordent leur confiance au Docteur Dolto qu’avec réticence.

N’en disons pas plus car, l’intérêt de ce spectacle, tient en partie à la suite des séances, espacées, reconstituées, fascinantes, car incarnées par deux comédiens formidables. L’une que l’on connaît bien et que l’on admire depuis longtemps, Bernadette Le Saché. Grave et assez indéchiffrable psychanalyste, humaine, aimante, et distante pourtant, comme l’exige la cure. De l’autre, un jeune acteur de forte personnalité, vif, étonnant, qui secoue Madame Dolto comme il secoue les spectateurs qui le découvrent. Lucas Bottini est très singulier, sensible, attachant comme ce Dominique qu’il « joue » avec sincérité et sans donner jamais le sentiment d’une quelconque indiscrétion. D’ailleurs, on ne sait pas tout d’un « dénouement ». Dans la partition de la mère, Nathalie Boutefeu, qui signe et l’adaptation et la mise en scène, est parfaite et bouleverse malgré tout ce que l’on pourrait reprocher à cette femme ambivalente.

Au Lucernaire, cependant, Sophie Forte reprend la pièce d’Eric Bu, Dolto, lorsque l’enfant paraît. C’est l’auteur qui signe la mise en scène. Puisé dans la réalité de la vie de cette grande figure, traité comme une comédie souvent désopilante, le texte est savoureux et ravit le public. L’un des secrets de la représentation est d’abord que le rôle de la petite fille Dolto, et la jeune fille, est incarné par une Sophie Forte débordante d’énergie et de malice, curieuse, insolente, bavarde….Irrésistible.

Sa mère est jouée par la grande et belle Karine Texier, épatante dans toutes ses apparitions, rigide et impénétrable parfois, dure, mais prisonnière, d’une certaine façon. Dans une cascade de personnages, Yann de Monterno brille de tous ses feux. Il est cocasse, impressionnant, sérieux, il est le même et différent à chaque fois. Formidable.

Théâtre du Chariot, jusqu’au 20 septembre à 19h. Durée : 1h15. Tél : 01 48 05 52 44.

Lucernaire, jusqu’au 1er novembre. A 18h30 du mercredi au samedi, 15h le dimanche. Durée : 1h20. Tél : 01 45 44 57 34. Texte publié par L’Avant-scène théâtre, en vente au Lucernaire, avec certains ouvrages de Dolto.