L’élan Sturm und Drang de « Quatrevingt-treize 

Marion Bierry a adapté et met en scène le célèbre ouvrage de Victor Hugo, en conservant l’humanité bouleversante et la cruauté terrible de la guerre. Elle s’appuie sur un groupe de comédiens formidables, qu’elle dirige à la perfection.

Autrefois, tout le monde lisait Quatrevingt-treize (c’est la graphie qu’avait choisie Victor Hugo). Tout le monde connaissait le dernier roman du poète, de l’écrivain immense, engagé dans la vie politique de la France. On n’aurait pas eu besoin d’un texte de présentation de la situation –projeté en deux panneaux au bord de l’espace scénique et en partie illisibles car les têtes des spectateurs cachent les dernières lignes et que, de toutes manières, c’est trop long).

Bref, une remarque technique anodine à propos d’un spectacle remarquable, adaptation intelligente et sensible, distribution excellente, direction d’acteurs aigue, mise en scène vive et fluide. Comment représenter sur le petit plateau du Poche, un emportement de guerre, de violence, un passage d’un lieu à un autre, un grand nombre de personnages pour interprètes ? Des panneaux mobiles, par Arthur Vlad, des peintures de Marguerite Danguy Des Déserts, des lumières de Stéphane Balny, des costumes de Nora Scheidl, une bande-son qui donne les couleurs lyriques, dramatiques, les couleurs romanesques, romantiques, au propos et à son transfert sur les planches.

Il faudrait aller vite : dire le formidable talent de Benjamin Boyer, le Sergent Radoub, mais aussi, en une scène inventée par Hugo, Marat, face à Robespierre et Danton. Il est également un capitaine « Blanc » et excelle dans toutes ses apparitions. Une seule femme dans cette transposition, la femme au cœur de Quatrevingt-treize , Michelle Fléchard, paysanne vendéenne, qui a échappé à la mort, mais dont les trois petits enfants ont été enlevés. Nous avons vu et applaudi Pamela Ravassard, de femme du peuple en partie dénudée pour évoquer un tableau célèbre, jusqu’à la partition d’un Robespierre rigide à souhait, elle est belle, forte présence et sensibilité.

Dans une redingote rouge, très bien coupée, on découvre d’abord le Commandant de la Corvette, Julien Rochefort, qui, en cette scène première, évoque son père, Jean Rochefort, comme jamais. Excellent toujours, il va être l’un des protagonistes, Cimourdain, le raide évolutionnaire, ancien prêtre, formateur du jeune Commandant républicain, Gauvain qu’incarne Alexandre Bierry, avec sa fougue et son audace –révélée notamment, ici même au Poche, avec Le Menteur de Corneille, déjà mis en scène par Marion Bierry, sa mère. Ils sont les héritiers de Renée Delmas et Etienne Bierry, qui ont été les artistes-directeurs du Poche, des années durant. Alexandre Bierry est aussi le Lieutenant de la Corvette, au tout début.

Ne disons rien des actes : ils sont saisissants. Saluons Lantenac, Stéphane Bierry –frère de Marion, oncle d’Alexandre. Le Marquis est un chef royaliste, plongé dans cette guerre particulièrement cruelle. Il est l’oncle de Gauvain…

Bref, Hugo excelle à nouer des liens très forts entre des protagonistes que tout oppose apparemment, mais qui sont tous travaillés par l’histoire et par le sens de l’honneur.

N’oublions donc pas Mathurin Voltz, qui dessine Danton, mais est d’abord, Halmalo, le Capitaine Guéchamp et un capitaine des Blancs. Lui aussi très bon interprète.

Nommons, ils jouent en alternance, Thomas Cousseau dans les partitions de Julien Rochefort et Marine Montaut, Michelle Fléchard, certains jours.

Ce que réussit Marion Bierry, c’est de donner à cette adaptation une humeur à la « Strum und Drang » des Allemands. On croirait une pièce du grand romantisme d’Outre-Rhin… Une réussite magistrale.

 

Théâtre de Poche-Montparnasse, salle du haut, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h. Durée : 1h35. Tél : 01 45 44 50 21.

www.theatredepoche-montparnasse.com